Le soldat bleu : massacre des Indiens et histoire des Etats-Unis

Le Soldat bleu

Le soldat bleu de Ralph Nelson fait partie de ces films qu’il est bon de montrer à ceux qui pensent que le cinéma ne sert à rien, dans le sens où ils ont changé la perception que le public se faisait de l’histoire de son pays. L’histoire des Etats-Unis a été longtemps racontée comme celle de la conquête d’un territoire vierge et sauvage par des pionniers, avant que les mouvements contestataires de la fin des années 60, nés en opposition à la violence des méthodes employées par l’armée au Vietnam, n’imposent une contre-histoire basée sur la manière dont l’Empire s’était bâti sur l’extermination des communautés les plus démunies, en tout premier lieu les Indiens d’Amérique et les Noirs réduits à l’esclavage.

C’est peut-être à cause de la violence de ses films que le cinéaste Ralph Nelson est rarement associé au grand cinéma des années 70. Là où ses confrères Arthur Penn (Little big man) ou Coppola (Le parrain) choisissent la métaphore pour raconter comment les Etats-Unis se sont construits sur la violence, Le soldat bleu raconte frontalement le contexte du massacre de Sand Creek, lorsqu’en 1864 l’armée américaine massacra 700 Cheyennes, dont la moitié de femmes et enfants torturés et violés.

Le Soldat bleu
Le talent de Candice Bergen (Le lion et le vent, Gandhi) est pour beaucoup dans la réussite de ce film mal-aimé de l’histoire du cinéma, sans doute parce qu’il n’était pas assez idéologique pour l’époque. Elle y interprète une blanche de retour de deux ans de captivité chez les Indiens qui défend ses anciens ravisseurs sans occulter les violences dont elle a été victime. Elle échappe avec un bleu à une attaque des Cheyennes, puis progresse avec lui dans les longues étendues du Colorado à la recherche de l’armée censée les protéger. Elle convertit progressivement le jeune homme qui écoute incrédule les massacres d’indiens par l’armée dont elle a été témoin, enfants embrochés vivants et femmes torturées. Le badinage entre l’idéaliste et la jeune femme moitié indienne atteint son paroxysme érotique lorsqu’il essaie de tailler avec les dents la corde qui lie les mains de la jeune fille dans le dos, tout en remontant régulièrement d’un coup de dent la jupe de la jeune fille qui découvre ses superbes fesses.

Loin des tentatives ultérieures de réconciliation et d’exotisme (Danse avec les loups), Le soldat bleu expose la violence sur laquelle se fondent les empires et rappelle dans la violence du champ de bataille qu’il n’y a de bon cinéaste qu’en colère.
Le soldat bleu, Filmothèque du quartier latin, 13 h 40, 15 h 45, 17 h 50, 19 h 55
PS : Pour ceux qui ne savent pas quoi offrir à noël, nous ne saurions trop recommander la bande-dessinée qui vient de paraitre en français, Une histoire populaire de l’Empire américain, de Howard Zinn, Mike Konopacki et Paul Buhle, qui replace l’histoire des Etats-Unis au niveau des opprimés, Indiens, Noirs, travailleurs et femmes.

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