Avatar : plonge, pèlerin

Avatar

Tu as appris à embrasser en regardant Cary Grant et Ingrid Bergman dans Les enchaînés, tu as appris qu’il fallait penser au plaisir des femmes en voyant Harry rencontre Sally, tu as découvert la résistance contre l’injustice dans Le Kid, que la vie d’un homme s’écrivait dans les drames de l’enfance dans Citizen Kane, que le problème sur terre, c’est que chacun a ses raisons dans La règle du jeu et le sens de l’amitié avec le geste d’un pauvre muet à la fin de La griffe du passé, tu apprendras à plonger de plusieurs centaines de mètres des montagnes volantes de Pandora dans Avatar de James Cameron.

Oublie un scénario un peu faible (un marine infirme débarqué sur une planète lointaine en 2154 pour infiltrer une tribu rebelle à la volonté de l’armée de les priver de leur terre pour s’emparer d’un précieux minerai) et une ambiance new age pour t’accorder le droit de retourner dans la chambre de l’enfance, avec tes lunettes 3D et ton pouce dans la bouche, loin de l’école où tu te faisais frapper par plus fort que toi parce que t’avais des lunettes, et où jusqu’à 18 ans, allez-savoir pourquoi, les filles étaient amoureuses du plus con.

Avatar de James Cameron est la révolution cinématographique attendue, un nouveau monde formel enveloppé dans une histoire tout public, qui réconciliera comme Titanic les amateurs d’action et de romance, les analphabètes et les marxistes qui ne manqueront pas d’y voir un film anti-Bush, anti-raciste, pro-écolo et pro-indien.

Mais c’est surtout de cinéma qu’il s’agit ici, de la texture de la 3D et des personnages que l’on peut enfin toucher, comme si l’on pouvait nous aussi gratter le genou de Lauren Bacall dans Le grand sommeil, scier le char de Messalah dans Ben Hur ou toucher l’éternité dans 2001, l’Odyssée de l’espace. Respire, oublie les bouffeurs d’espoir, explore le XXIe siècle qui te tend les bras.

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