Vincere de Bellochio : désir et dégoût du fascisme

Vincere

Vincere est un film qui rappelle salutairement le plaisir avec lequel les foules se sont jetées dans le fascisme au XXe siècle en éprouvant un plaisir quasi-orgasmique, comme le rappelle le critique Jacques Mandelbaum du journal Le Monde, à s’abandonner dans les litanies haineuses de leurs maitres.

C’est l’histoire vraie d’Ida Dalser, première compagne de Benito Mussolini, dont elle eut un fils, et dont le dictateur italien tenta d’effacer toutes les traces, avant de les faire mourir dans des institutions psychiatriques.

La belle Giovanna Mezzogiorno interprète à merveille cette femme amoureuse emportée par le vent de l’histoire, soumise à un homme violent qui se désintéressa d’elle après avoir été blessé sur le front, en 1915, où il épousa une infirmière.

Le film de Bellochio raconte moins l’ascension d’un dictateur que l’abandon de tous les spectateurs de cette histoire pour un personnage nouveau qui apporte une réponse rapide aux inquiétudes d’une époque qui compte moins, comme le prouvent les images d’archive qui parsèment le film où l’on voit que Mussolini ne finissait pas toujours les phrases de ses discours, que l’intonation et le rythme de l’orateur. Le dictateur a su parmi les premiers utiliser les formidables médias de masse mis à disposition des hurleurs qui allaient emporter l’Europe et le monde.

Bien sûr, le plaisir fut de courte durée, et il fallut payer le prix du fascisme et la vengeance des peuples conquis par les armes, mais Vincere est surtout un film qui regarde la démocratie dans les yeux en lui imposant de créer des rêves qui ne suscitent pas des passions tristes, sans quoi des âmes morbides sont toujours capables de s’emparer de l’imaginaire collectif pour le pire.

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