Une affaire d’Etat : Rachida Brakni et la France

Une affaire d'Etat
Elle est l’une des comédiennes les plus talentueuses, et a l’un des plus beaux visages du cinéma français.  Elle joue dans Une affaire d’état d’Eric Valette une justicière à l’ancienne, une inspectrice de police intrépide et bornée qui est prête à tout pour déjouer les complots obscurs d’un intermédiaire (André Dussollier) entre l’Elysée et des rebelles congolais censé libérer des otages militaires français.
Au cours d’une semaine où un étudiant de Sciences Po originaire de Bondy (93) explique que le soir de la qualification de l’Algérie à la Coupe du Monde, il a vu des CRS, Porte Maillot à Paris, frapper des personnes et lui rétorquer “Allez, dégage sale Arabe, aujourd’hui c’est la fête pour vous mais surtout pour nous. On peut vous tabasser comme on veut.'”(Le Monde du 24 novembre), Une affaire d’état rappelle que Rachida Brakni est surtout le visage trop rare d’une France qui change à toute vitesse, bien plus rapidement que son élite, son cinéma et sa littérature. 
Nous n’oublions pas aussi un casting impressionnant, qui offre la mâchoire carrée de Thierry Frémont, le charme de Christine Boisson et la voix envoûtante de Jean-Marie Winling (Lignière dans Cyrano de Bergerac), ainsi que la musique moriconnienne de Noko. Mais c’est surtout ce visage qui nous impressionne et cette colère, “promesse de soleil levant” dirait René Char, pour que les comédiens et comédiennes français originaires du Maghreb sortent des rôles de ghetto, préalable indispensable au changement de regard sur ces citoyens français.

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