Rapt de Lucas Belvaux : la liberté fait violence

Rapt
Il faut être courageux ou compter sur un autre public, de celui qui comme moi, un soir de juillet 1998, était au Théâtre Municipal d’Avignon (O Mélancolie), pour sortir un film le soir du match qualificatif des Bleus pour la Coupe du Monde 2010. Pourtant, on a bien besoin du cinéma pour comprendre pourquoi 4,5 millions d’Irlandais sont privés de coupe du monde pour une tricherie du meneur de jeu de l’équipe représentant 65 millions de Français.
Rapt de Lucas Belvaux modernise l’histoire du Baron Empain, playboy et hériter du groupe Empain-Schneider, détenu pendant plus de 60 jours en 1978.
La tendresse de Lucas Belvaux pour les voyous l’amène à filmer un improbable Gérard Meylan, sorti de chez Guédiguian, dans le rôle d’un ravisseur du milliardaire. Il est plus fort pour filmer les policiers, servi par un casting de haut vol avec notamment le comédien belge Patrick Descamps (également à l’écran dans A l’origine), les proches du Baron (Alex Descas et André Marcon), et comme son père cinématographique Claude Chabrol qui lui donna l’un des premiers rôles de l’excellent Poulet au vinaigre, pour disséquer les bourgeois.
Voilà donc le baron chez la canaille, et la silhouette méditerranéenne d’Yvan Attal rappelle aussi la fin tragique du jeune Ilan Halimi, capturé parce qu’il était juif, donc nécessairement riche pour ses ravisseurs le bien nommé Gang des Barbares, puis méthodiquement torturé à mort par ses bourreaux. Fini les maitresses, les parties de poker et de chasse en Sologne, le baron doit mettre son masque lorsque ses ravisseurs s’approchent et manger comme un clochard.
Le cinéaste suit méthodiquement le rapport de force entre le Groupe dont le baron est l’actionnaire majoritaire, les proches et la police pour rassembler l’argent exigé par les ravisseurs (50 millions d’euros). A sa libération, sa femme ne lui pardonne plus ses infidélités, le groupe et ses alliés politiques sont gênés par ses excès. Il se trouve juste obligé de choisir entre les hautes sphères de la société, la pègre et la vie.

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