Claude Chabrol en Seine-Saint-Denis

Le Boucher

Il est des rencontres qui tombent sous le sens, telle le parcours de Claude Chabrol en Seine-Saint-Denis ces jours-ci, dans le département le plus stigmatisé de France, lui le cinéaste du cloisonnement des classes sociales et du pourrissement de la bourgeoisie non partageuse.

Le Ciné 104 de Pantin a eu la bonne idée de ressortir une rareté, A double tour, premier rôle majeur de Belmondo (eh oui, avant A bout de souffle), dans un polar aixois qui plante le décor qui ne changera plus beaucoup en cinquante ans : ton badin, seconds rôles exceptionnels (Bernadette Lafont, Madeleine Robinson, Antonella Lualdi, etc.), bourgeoisie cupide, etc.

Mais bien sûr, c’est Chabrol en personne qui fait le spectacle, à force d’anecdotes savoureuses (Bernadette Lafont repoussant les avances d’un des producteurs sous prétexte qu’elle faisait partie de la Nouvelle Vague : “maintenant, on couche plus avec les producteurs, mais avec les réalisateurs“), d’auto-dérision (à propos de sa prestation disons oubliable dans son court-métrage La muette : “on dirait Cary Grant Vieillissant avec l’intensité dramatique de Laurence Olivier”), de souvenirs émus (“Truffaut s’est sacrifié pour nous tous”), de précisions (“Je me suis rendu compte que j’étais moins intéressé par les films de Hitchock eux-mêmes que par ce qu’ils empruntaient à Lang et Murnau“), de modestie, et d’encouragement à la suite, avec en tête James Gray, Lucas Belvaux, Pascale Ferran et Eleonore Faucher. Dans le 93, on dit respect.

20e rencontres de Seine-Saint-Denis, Claude Chabrol le 18 novembre au Cinéma Louis d’Aquin du Blanc-Mesnil pour Le boucher (photo), le 19 novembre au Cinéma André Malraux de Bondy pour Que la bête meurt (re-Jean Yanne, sublime), le 20 novembre au Trianon de Romainville avec Le beau serge (Brialy) et Bellamy (Depardieu), et le 21 novembre au théâtre André Malraux de Gagny pour Les bonnes femmes et Betty. Plus d’infos sur cinemas93.org

PS : que les Franciliens terrorisés à l’idée d’une excursion en Seine-Saint-Denis se rassurent : les rues sont éclairées la nuit.

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