A l’origine : tuer pour créer des emplois

A l'origine
Pour A l’origine, Xavier Giannoli s’est inspiré de l’histoire vraie d’un escroc, Philippe Berre qui a relancé à lui seul un chantier d’autoroute en 1996 dans la région du Mans, d’abord pour toucher les pots-de-vin des entrepreneurs locaux, avant de se prendre de passion pour le projet et ses protagonistes, jusqu’à son inévitable chute.
Le chantier est donc le décor impressionnant, couvert de boue, de chaux vive ou de bitume fumant, de ce film où un mythomane mégalomane renverse les montagnes pour mener à bien ce projet, jusqu’à s’opposer à main armée à un membre de la pègre (Gérard Depardieu). C’est qu’il s’est pris de passion pour les habitants de cette petite ville sans nom dont la seule mémoire est la copie d’une icône russe du XIXe siècle, et le chantier le seul espoir d’avenir après les délocalisations qui ont tué l’emploi local.
Giannoli est un directeur d’acteurs hors pair pour mêler harmonieusement les comédiens les plus talentueux du cinéma d’auteur (Emmanuelle Devos, Gérard Depardieu) aux débutants les plus prometteurs (la chanteuse Soko du merveilleux I will never love you more et Vincent Rottiers). Cet inconditionnel de Pialat trouve un sujet en or dans ce drame régional mené comme une tragédie grecque.
Philippe Miller (François Cluzet) dans A l’origine de Xavier Giannoli est finalement prêt à tuer pour créer des emplois comme la Rosetta des Dardenne était prête à tuer pour obtenir un emploi. Ce n’est pas un hasard que ces deux héros tragiques des temps modernes évoluent dans les plaines froides du nord de la France et de Belgique où le désespoir abîme encore plus durement les corps qu’au soleil.
PS : J’aperçois au scénario du film le nom du réalisateur de documentaires Daniel Karlin, dont l’interview de Philippe Berre à sa sortie de prison (avant sa disparition) a influencé Giannoli. Daniel Karlin m’a déniaisé sur le cinéma durant mes années lyonnaises, et en lacanien a fait sans le savoir la psychanalyse de mon premier film, L’étoffe des songes (dont Yves Ansel a fait une critique imparable : “même les chefs-d’oeuvre ont de l’humour”). Pour tout cela, qu’il soit remercié et salué.

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