“La parole d’Aimé Césaire, belle comme l’oxygène naissant” André Breton

“Colonisation. n.f. – 1769. 2. Mise en valeur, exploitation des pays devenus colonies.”

Le petit Robert, dictionnaire de la langue française

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.»

Nicolas Sarkozy, Président de la République Française, discours à Dakar du 26 juillet 2007

Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral.

Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, 1935

Et je cherche pour mon pays non des coeurs de datte, mais des coeurs d’homme qui c’est pour entrer aux villes d’argent par la grand’porte trapézoïdale, qu’ils battent le sang viril, et mes yeux balayent mes kilomètres carrés de terre paternelle et je dénombre les plaies avec une sorte d’allégresse et je les entasse l’une sur l’autre comme rares espèces, et mon compte s’allonge toujours d’imprévus monnayages de la bassesse.

Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, 1939

Alors que le grand poète Martiniquais Aimé Césaire disparaît aujourd’hui à l’âge de 94 ans, le souvenir ramène naturellement à sa prose pleine de colère et de joie, enflammée contre l’extrême violence de la colonisation française en Afrique noire, dans le Maghreb, les Antilles ou en Asie, mais aussi pleine d’affirmation de ce mouvement artistique et politique qui prendrait le nom de négritude, notion pleine d’ironie qui retournait l’insulte en affirmation, comme allaient le faire tant d’autres mouvements minoritaires au XXe siècle.

Les condamnations unanimes, à travers le monde, de la loi sur le rôle positif de la colonisation sous Jacques Chirac en 2005 et du discours de l’actuel Président de la République à Dakar en 2007, prouvent que la France est aujourd’hui bien isolée pour donner des leçons à l’Afrique. A l’heure où près de la moitié des thèses en histoire concernent l’époque de la colonisation, et de la nécessaire évolution des politiques d’immigration de l’assimilation à l’intégration, les cinquante prochaines années seront nécessairement le cadre, même si les freins seront fréquents et puissants en France, du questionnement de la responsabilité de l’armée et des colons à l’époque de la colonisation, mais aussi au-delà, la France ayant entretenu des relations privilégiées avec la plupart des dictateurs africains depuis quarante ans.

Aimé Césaire a porté avec colère et joie la voix des colonisés et des Noirs, comme l’écrivain et psychiatre Frantz Fanon, quasi-inconnu en France (pour avoir dénoncé le comportement des colons et de l’armée en Algérie ?) alors qu’il est considéré comme le héraut de la décolonisation dans le reste du monde. Denis Arcand lui rend hommage dans Les invasions barbares, Steven Spielberg dans Munich. Nous n’oublions pas.

 

 

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