London River de Rachid Bouchareb : la résistance à la nouvelle guerre froide

 Brenda Blethyn, Sotigui Kouyate, Rachid Bouchareb dans London River (Photo)

Il n’aura pas fallu bien longtemps, après la chute du Mur de Berlin, pour construire un nouveau monde bipolaire où chacun est sommé de choisir son camp entre le monde chrétien et le monde musulman. Elisabeth (Blenda Blethyn) a fait son choix, elle qui s’occupe de son jardin en son paradis fiscal de Guernesey lorsqu’elle apprend que des attentats ont secoué Londres, où réside sa fille. Elle se rend dans la capitale en même temps qu’un garde forestier malien qui part à la recherche de son fils qui ne donne plus de nouvelles depuis les attentats. Ils mettront peu de temps avant de découvrir que leurs enfants vivaient ensemble.

La première bonne nouvelle de London River est de mêler le beau visage sculptural de Sotigui Kouyate, l’acteur fétiche du metteur en scène de théâtre Peter Brook, à celui de Blenda Blethyn, qui déjà pleurait dans la Palme d’Or Secrets et mensonges le jour où elle découvrait que la fille qu’elle avait abandonnée à la maternité sans voir son visage était noire.

Le racisme latent d’Elisabeth est un peu appuyé, mais après tout il n’y a pas besoin de beaucoup sortir de chez soi pour apercevoir les ravages de la peur de l’autre et du repli sur soi. C’est bien sûr la souffrance commune qui semble seule à même de rapprocher deux communautés choquées par la violence et les appels à la haine. L’humanisme de Rachid Bouchareb se manifeste dans l’attention portée à ses personnages qui apprennent à se parler dans une langue qui leur est à tous deux étrangère, le français.

Les cyniques pourront bien se moquer d’un film qui porte un message de paix et de bonheur, mais l’article du journaliste Mustapha Kessous paru cette semaine dans Le Monde (“Moi, Mustapha Kessous, journaliste au Monde et victime du racisme), où il relate les bonnes plaisanteries du Ministre françaks de l’Intérieur (“Vous avez vos papiers ?”) et l’attitude de ses interlocuteurs qui appellent son employeur pour les prévenir qu’un Arabe essaie de se faire passer pour un journaliste du Monde, prouve l’urgence d’un cinéma qui filme avec tendresse les passerelles entre les mondes.

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