District 9 : La mouche à l’heure des ghettos

 Sharlto Copley, Neill Blomkamp dans District 9 (Photo) District 9 est un film sur les ghettos hérités de l’Apartheid de l’Afrique du Sud, dont la forme de documentaire fauché (et malheureusement assez laid) sur les relations entre les hommes et les aliens parqués dans un camp prend des allures de parabole politique qui embrasse un grand nombre de problématiques contemporaines : peur de l’autre et du métissage, délire sécuritaire des riches, manipulation des médias, etc.

Le héros, Wirkus van der Merwe, est chargé par son employeur la MNU, caricature de l’ONU, de forcer les aliens à donner leur accord pour être transférés dans un nouveau camp, à deux cents kilomètres de Johannesburg. Il découvre au cours de ses visites un liquide censé servir de carburant pour permettre aux aliens de quitter la planète. Le falot s’asperge et se métamorphose progressivement, comme chez Kafka, en alien. Il est alors difficile de croire à sa transformation en une sorte de Rambo qui porte assistance aux aliens en envahissant le QG de la MNU, à la promesse de recouvrer son apparence humaine.

C’est bien entendu le regard du personnage et des autres hommes, blancs et noirs, sur la métamorphose de Wikus, qui intéresse le cinéaste. Neill Blomkamp hérite de la pub où il a fait ses armes (notamment dans une célèbre pub où une voiture se transformait en un robot) le sens de l’efficacité, du jeu vidéo et du message précis.

Dans La mouche de David Cronenberg en 1986, David Goldblum perdait aussi ses ongles et sa peau pour se transformer en une mouche de taille humaine, à une époque où les manipulations génétiques soulevaient des craintes quant à leur application à l’homme. District 9 est un film post-11 septembre, où l’isolement de l’altérité considérée comme dangereuse est devenu un objectif politique. L’oeuvre confirme l’apparition d’un nouveau genre cinématographique, le cinéma de ghetto, filmé dans les pays et les quartiers dits pudiquement en voie de développement (La zona au Mexique, B13 Ultimatum en France), dont le message politique atténue trop souvent la portée artistique. Or les récents propos tenus par le Ministre français de l’Intérieur en présence d’un militant UMP d’origine maghrébine et portugaise (“Quand il y en a un, ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes”) prouvent que les pires ghettos sont moins dans les territoires que dans les têtes.

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