Non ma fille tu n’iras pas danser : Honoré l’héritier

 Chiara Mastroianni, Christophe Honoré dans Non ma fille, tu n'iras pas danser (Photo) Christophe Honoré, le cinéaste du droit à l’honneur perdu (face à sa génitrice dans Ma mère, à ses parents dans Dans Paris, aux proches de son ex-petite amie dans Les chansons d’amour, à son entourage dans La belle personne, etc.) filme avec Non ma fille tu n’iras pas danser, une oeuvre âpre et cruelle qui consacre son auteur dans la longue tradition française de la poésie réaliste qui traverse tout le XXe siècle, de Renoir à Pialat, en passant par Truffaut, Godard, Demy et Agnès Varda.

Gageons même qu’il invente un personnage, comme autrefois Stendhal ou Flaubert, avec sa trentenaire Léna (Chiara Mastroianni), dépassée par les événements, qui a brusquement quitté son mari avec ses deux enfants après avoir découvert qu’il la trompait. Mais les retrouvailles sont forcées par sa propre mère qu’elle retrouve, avec le reste du clan, dans la maison familiale, au bord d’un canal breton. Dès lors, tout dérape : les relations avec sa soeur et sa mère autoritaires (Marina Foïs et Marie-Christine Barrault), avec son frère dont la bonne humeur est insupportable pour les dépressifs (Julien Honoré), avec son mari (Jean-Marc Barr) dont la lâcheté est amoindrie par l’épuisement de Léna, qui se met progressivement tout le monde à dos.

Le cinéaste breton a l’intelligence de quitter son récit réaliste pour nous emporter dans la Bretagne des contes et légendes, à Saint-Michel-de-Basparts, dans un festnoz où une belle jeune femme insatisfaite est vouée aux gémonies parce qu’elle préfère danser avec le diable plutôt qu’avec les jeunes gens vertueux qui lui présentent leur bras. C’est bien là le destin de Léna, d’aller contre ce que la société attend des femmes, d’être totalement vertueuses et dédiées à leurs enfants, alors que les écarts des hommes sont plus facilement pardonnés. La morale du film, apprendre à renoncer et à vivre pour soi, s’inscrit en faux contre la morale limitée de la plupart du cinéma français (“contente-toi de peu”) et du cinéma américain (“deviens ce que tu es”), pour offrir un personnage beau et rare qui marche pour devenir soleil.

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