Les derniers jours du monde : apocalypse en talons aiguilles

 Karin Viard, Mathieu Amalric, Arnaud Larrieu, Jean-Marie Larrieu dans Les Derniers jours du monde (Photo)

Alors que la représentation moderne de l’apocalypse tourne généralement autour de l’animalité de l’homme, les frères Larrieu ont fait le pari dans leur dernier film d’un monde où leur héros continuerait à écrire des romans, à boire des demis en terrasse à Biarritz, à peine surpris que le ciel crache des pluies de cendre, à sortir des billets de 50 euros comme s’il en pleuvait, à draguer avec courtoisie, à traverser les Pyrénées en talons hauts, ainsi qu’à dégainer des verres de vin comme les Américains leur revolver.

Les nombreuses références au cinéma post-apocalyptique tendent pourtant à penser que les cinéastes souhaitaient synthétiser les obsessions du genre pour tracer leur chemin, mais les citations de traditions aussi diverses que l’aliénation abstraite de L’éclipse d’Antonioni ou le chaos barbare de la tradition américaine (La guerre des mondes de Spielberg, La route de Cormac Mc Carthy) donnent surtout l’impression qu’ils ne maîtrisent pas leur propos, qui est surtout prétexte à explorer leur thème préféré, qui soulevait leur meilleur film, Peindre ou faire l’amour : la liberté sexuelle et de genre.

On aimerait rire aux tenues bouffones de Mathieu Amalric conduisant un camping car avec un masque de plongée, qui décline ici son rôle de dragueur français libertin avec autant de talent que Mastroianni à son époque pour la version italienne. Le casting impressionnant offre quelques belles scènes, dont une d’amour entre le héros et Karin Viard, l’image de Thierry Arbogast illumine les fêtes de Pampelune, mais le collage de scènes disparates, désincarnées et piégées par leurs références (l’éternel plan de bourgeois endormis dans une pièce, en souvenir de Feuillade et Bunuel, la partouze fatiguée post-Eyes wide shut, la traversée de Paris à poil déjà filmée par Klapisch, etc.) égarent le spectateur par une distanciation qui est peut-être volontaire, mais n’est certainement pas gage de qualité.

Les nombreuses chansons méconnues de Léo Ferré qui soulèvent quelques scènes longuettes rappellent que l’originalité est finalement l’un des traits les plus particuliers des cinéastes pyrénéens. En se souvenant que la chanson Les marquises de Jacques Brel illuminait la plus belle scène de Peindre ou faire l’amour, on se plait à espérer entendre Brassens dans leur prochain film.

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