12 jours de Raymond Depardon : clair de fou

12 jours de Depardon

Il faut toujours partir de l’homophonie en français entre la normalité et l’anormalité pour s’assurer d’arpenter le terrain de la folie sans gloriole, tel Raymond Depardon donnant la parole aux personnes internées dans le centre hospitalier du Vinatier lors de leur rencontre avec le juge 12 jours après leur enfermement. La phrase de Michel Foucault citée en exergue “de l’homme à l’homme vrai, le chemin passe par l’homme fou” donne le ton.

C’est bien en quête de culpabilité du monde par la médiation de la folie, pour reprendre l’expression qui clôt L’histoire de la folie, qu’avance Raymond Depardon. Une femme harcelée par le management agressif de la société Orange a été manifestement enfermée après un burnout, une jeune femme limitée voudrait avoir la chance de rencontrer sa petite fille et de bénéficier de la rencontre d’un psychothérapeute, un schizophrène regrette que l’institution n’ait que l’enfermement à lui proposer alors qu’il est lucide sur les conséquences de ses actes…

Le cinéaste ne se pose jamais en juge des personnes dont il capte la douleur et la lucidité, en offrant aux juges du film le rôle un peu sec de témoins du respect du droit. L’institution psychiatrique estdécrite en filigrane, des contentions à la prescription du Risperdal, un neuroleptique qui permet à de nombreuses personnes d’aspirer à une vie normale. La caméra ne plaide pas pour une libération inconditionnelle des fous, comme lorsque Depardon capte le délire d’un parricide invitant la juge à contacter son père qui “s’y connaît en lois”. Le cinéaste cherche simplement la faille du système de surveillance dont nous sommes les contemporains, qui fait rêver des millions de foyers de la contention des anormaux par peur du moindre risque.

La caméra éthique de Depardon part à la recherche d’un lieu qui accueillerait les personnes en détresse psychologique en entamant un dialogue d’être humain, que le médicament soit ou non nécessaire pour atténuer le délire de certains. C’est bien à un lieu comme l’Institut hospitalier de psychanalyse du centre hospitalier Sainte-Anne porté par les docteurs Françoise Gorog et Luc Faucher que nous pensons avec admiration. C’est au salut fraternel qui clôt le plus beau des poèmes, Le bureau de tabac de Pessoa, que nous pensons aussi, ce moment où l’univers se reconstruit pour le poète alors que se dresse devant son champ de vision Estève, “animal non métaphysique”. C’est bien dans le dialogue avec la physis du fou que se dresse la certitude d’être humain.

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