The square de Ruben Östlund : Dominic West et Terry NotaryC’est une Palme d’Or hilarante, une fois n’est pas coutume, dont le héros, conservateur d’un musée d’art contemporain de Stockholm imaginaire, me ressemble, dixit mon meilleur ami, quand bien même l’homme en question n’est pas particulièrement sympathique, ni foncièrement antipathique, empêtré dans son rôle social consistant à dénicher l’avant-garde artistique, sa terreur de perdre ou d’être volé, l’éducation de ses filles en mode alterné, la colère d’une maîtresse (l’excellente Elizabeth Moss de Mad Men parlant vainement d’amour devant une oeuvre d’art hyper bruyante, écho pour votre serviteur d’une oeuvre cassant les oreilles des spectateurs et encore plus des gardiens à la biennale d’art contemporain de Lyon), jusqu’au croisement d’une performance extrême lors de la soirée des mécènes sur l’animalité de l’homme, et de créatifs puérils de l’agence de com’ du musée faisant dans la bombe…

Östlund s’amuse comme un enfant de sa galerie de pitres terrorisés par la chute sociale emportés par une farandole croisant les suites pour violoncelle de Bach chanté a capella et le groupe électronique Justice. Le film remet à niveau toutes les classes sociales autour de l’oeuvre d’art qui donne son titre au film, un carré lumineux à l’intérieur duquel règnent la confiance et l’altruisme, les vertus les plus abîmées de la société de surveillance et du règne du moi.

Le moralisateur ne tarde hélas pas à prendre le dessus : au lieu de laisser le film respirer, Östlund fait le choix de l’absence de rédemption pour le héros du film. C’est pourtant dans l’inversion des rôles qu’il donne son meilleur, de l’invitation au coït par la maladie de la Tourette à une tsigane hurlant au héros que le sandwich qu’il lui offre doit être sans oignon, Elizabeth Moss obtenant par la persuasion le préservatif usagé de son amant ou l’homme singe Terry Notary (interprète récurrente de Planète des singes) terrorisant une assemblée de fidèles de l’art contemporain, chapelle mécréante des dominants depuis au moins Laurent de Médicis. Artistes géomètres, à vos niveaux !

 

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