Faute d’amour de Zviaguintsev : les états-uniens de l’amour

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Beau et hystérique comme une grande oeuvre d’art russe, Faute d’amour offre l’une des plus belles scènes de représentation de la société civile du cinéma contemporain, lorsque le président d’une association de recherche d’enfant s’empare des opérations pour retrouver le petit Aliocha, comme le héros pur des Frères Karamazov, sauf qu’il s’agit là d’un enfant déchiré par la séparation de ses parents moscovites engagés chacun dans une autre histoire, et refusant de prendre le petit en charge.

Faute d’amour ne touche pas au sublime comme Leviathan, comme trop de films conçus à partir d’une note d’intention au lieu d’être rêvé à partir d’images. Le regard moralisateur sur le père commercial dans une entreprise dont le patron orthodoxe impose le jus de groseille à ses salariés, et la mère plus préoccupée par son épilation parfaite que par son enfant, pèse un peu sur le récit de ces deux pauvres états-uniens de l’amour réunis comme quelques milliards d’habitants de cette planète par l’internationale du selfie et la terreur de la chute sociale.

L’éclair est vraiment porté par un homme, super héros contemporain arrivant trop tard, un chercheur d’enfants offrant “la matrice existentielle de la pensée de la différence comme telle. C’est la possibilité de vivre en différence, et pas en indifférence, c’est-à-dire d’expérimenter que le monde peut être abordé ou traité du point de vue du Deux, et pas simplement du point de vue de l’Un” (Badiou, Eloge des mathématiques). C’est à partir d’un roc aussi puissant que pourrait se refonder tout le cinéma contemporain.


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