Le temps qu’il reste : Palestine, capitale de la douleur

 Elia Suleiman dans Le Temps qu'il reste (Photo) Il faut bien parler d’histoire palestinienne avec Le temps qu’il reste même si toute l’action se passe à Nazareth, devenue israélienne, où est né le cinéaste palestinien Elia Suleiman. Israël est un pays où l’absurde a pris un visage et un nom, dans lequel et autour duquel deux peuples s’entredéchirent dans des conditions épouvantables, avec des conséquences terribles dans de nombreux pays du monde.

Saleh Bakri, l’ex-beau gosse trompettiste de La visite de la fanfare, campe le père du cinéaste, un personnage quasi-biblique, un Juste qui résistait à l’occupation israélienne tout en sauvant un jour la vie à un soldat de l’Etat juif, qui vient en aide au voisin toujours prêt à s’immoler par le feu, puis supporte inlassablement la paranoïa des représentants de l’ordre.

La projection de Spartacus, de Stanley Kubrick (avec l’inoubliable fossette de Kirk Douglas), à l’école où le petit Elia était prié de ne pas traiter l’Amérique de colonisatrice, rappelle qu’il n’y a d’art que du côté des perdants. En redonnant un visage et une histoire à ses parents, Elia Suleiman filme la vie d’un peuple qui est trop souvent réduit aux visages des fedayin cachés derrière leur keffieh. Dans Intervention divine, le précédent film de Suleiman, un ballon rouge portant le visage de Yasser Arafat désorganisait l’armée israélienne. Dans Le temps qu’il reste, le cinéaste invente un monde où les prisonniers tirent plus fort sur leurs menottes que leurs geôliers. Puisque Le temps qu’il reste prouve que le foyer que tout le monde se dispute (“Rentre chez toi” dit un soldat à une Palestinienne derrière une poussette qui lui répond “toi, rentre chez toi”) est le lieu habité par une mémoire, c’est bien que la terre peut se partager.

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