Public enemies : Bandits, les frères maudits des cinéastes

 Johnny Depp, Michael Mann dans Public Enemies (Photo) Il y a d’abord ce grain d’image si particulier, une image d’une pureté cristalline et hyperréaliste, due à la caméra HD F23 de Sony, qui fait de Public enemies un étonnant blockbuster expérimental. Michael Mann poursuit sa réflexion sur le crime en filmant la marche vers la mort de John Dillinger, interprété par un Johnny Depp beau comme un Dieu, qui semble tout droit sorti d’une tragédie grecque, et résume à lui seul l’histoire de l’Amérique et d’Hollywood, descendant d’indiens Cherokees, Navajos, d’Irlandais et d’Allemands, et comédien star des blockbusters infantiles (Pirates des Caraïbes) comme des plus grands films d’auteur (Edward aux mains d’argent, Arizona Dream, Dead man, etc.).

On se souvient de la phrase prononcée par un criminel dans L’ultime razzia de Kubrick : “Les gangsters et les artistes ont le même statut vis-à-vis du public. On les admire, mais on souhaite qu’à la fin ils échouent.” C’est bien cette proximité de destin qui intéresse Michael Mann dans ce film comme dans Heat ou Collateral. Il atteint même avec Public enemies, grâce à la qualité du scénario et de tous les comédiens (dont l’inquiétant Christian Bale dans le rôle de l’officier du FBI à ses trousses, Marion Cotillard en héritière du classicisme hollywoodien de Katherine Hepburn, ou même Leelee Sobieski, ex-Lolita d’Eyes wide shut, qui interprète la petite amie avec laquelle le bandit fut abattu), une dimension artistique qui manquait souvent à ses autres films piégés par des thèmes didactiques (le croisement du destin d’un policier et d’un voyou dans Heat, d’un voyou et d’un chauffeur de taxi “Monsieur tout le monde” dans Collateral).

Public enemies est une tragédie pour les temps modernes en ce qu’elle filme la fin du petit banditisme, laché par la mafia à partir du moment où elle gène les grandes affaires illégales, couvertes par le tout jeune FBI dirigé par l’odieux John E. Hoover qui comprend dès les années 30 l’intérêt qu’il peut tirer du contrôle absolu de la population américaine. Et puis il y a cette adrénaline du braquage, quelques minutes pour réussir l’impossible, comme ces quelques minutes données à un réalisateur pour réussir un plan, dans un décor où il n’aura normalement plus l’occasion de retourner. John Dillinger maîtrise les relations publiques (pas de kidnapping pour ne pas s’aliéner le public) comme Michael Mann la communication de ses films. Baby Face Nelson imite James Cagney qui imitait les voyous de son quartier d’enfance.Les biographies des bandits sont des miroirs déformants des cinéastes. La fin d’un bandit comme d’un artiste (voir le spectacle de la mort de Michael Jackson) permet de tenir à distance la mort. Et puisque les deux nous ont donné des rêves coupables, ils ont bien mérité une homélie (“Bye Bye, Blackbird”).

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