Folle Journée de Nantes 2017 Le rythme des peuples : danser d’autant de pieds qu’il nous chante

La La Land de Damien ChazelleQu’un cinéaste américain fan de Jacques Demy teinte son art de la danse de mélancolie comme le cinéaste nantais promet plus qu’il n’en faut pour que la Folle journée se déhanche et que la musique classique, dite “musique de vieux” ces derniers jours par un vilain petit canard, pousse le corps à pouvoir en clin d’oeil à Spinoza (“Nul ne sait ce que peut le corps”, ou lune peut le corps dansant, disions-nous).

Le mélomane pourra se trémousser d’autant de pieds qu’il lui chante, ne serait-ce qu’en piano, de la “bonne heure” de Claire Désert et Emmanuel Strosser réunis en pas de deux, à l’hubris des Soeurs Bizjak pour teinter l’exil d’un jeté (en danse, saut commencé sur une jambe et fini sur l’autre), la joie de l’errance par Iddo Bar-Shaï pour voir où mènera le pas de biche (faire comme un pas chassé, mais de face et avec de l’élan), l’art du jeu du duo Jatekok pour le plaisir de la cabriole (Une jambe part en l’air, la deuxième la rejoint et la frappe avant de se reposer au sol), l’art de la joie par Anne Queffélec qui explore toutes les possibilités de piqué (déplacement qui part d’une position pieds à plat pour arriver à une position sur pointes), l’altérité d’Abdel Rahman El Bacha glissant des arabesques (d’inspiration orientale, le danseur ou la danseuse, en appui sur une jambe, lève l’autre tendue à l’arrière, un bras vers l’avant prolongeant la ligne de la jambe levée) dans la musique de Beethoven, de la polyphonie par les pointes de Nathalia Milstein, l’environnement aquatique de l’Islandais Vikingur Olafsson sur la musique de Glass, la cosmogonie par Shani Diluka, Geneviève Laurenceau et les chanteurs d’oiseaux réunis en manège (parcours circulaire autour de la scène : les pas peuvent être des tours piqués mais aussi des enchaînements de grands sauts et pas de liaisons), l’infiniment secret de Philippe Cassard jusqu’aux battements de la maïeutique…

Baruch Spinoza s’imposant à nous avec autant de force pour parler de danse que Lacan sur le désir et Rousseau sur la nature, nous lisons dans L’Ethique que “La joie est une passion par laquelle l’Ame passe à une perfection plus grande” et que l’âme et le corps sont une seule et même chose conçue sous l’angle de la pensée pour la première et de l’étendue pour la seconde, il reste à chacun de trouver le rythme qui accompagnera sa joie qui “seule demeure”.

Folle journée de Nantes Le rythme des peuples, du 1er au 5 février 2017

 

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