Ouvert la nuit de et avec Edouard Baer : histoire des saute-en-banque

190172Edouard Baer opère un glissement sémantique majeur dans l’étymologie des saltimbanques, de l’italien saltimbanco, celui qui “saute en banc”, ou par-dessus les bancs, en saltimbanca, celui qui “saute en banque”, avec son directeur de théâtre interprété par ses soins, en quête en une nuit folle, la veille de la première du spectacle qu’il produit, d’un singe et de 50 000 euros pour payer les salaires en retard du personnel en grève.

Le comédien cinéaste enrobe sa commedia dell’arte dans tous les sens du terme d’une troupe exceptionnelle, du plaisir de revoir Guilaine Londez en gardienne de la Ménagerie d’Austerlitz à Michel Galabru en vieil acteur bourru, la sublime danseuse japonaise Kaori Ito, sublime dans son spectacle Plexus chorégraphié par Aurélien Bory ici en traductrice, Grégory Gadebois en régisseur bourru et Montreuillais authentique, et bien sûr Sabrina Ouazani en stagiaire sciences po reléguée au bar, aussi juste, touchante et en colère que dans L’esquive, et Audrey Tautou, idéal féminin du cinéaste en Nawel, courageuse et maternelle comme jamais, double de la productrice du film et complice du cinéaste, Barka Hjij.

Il faudrait s’indigner auprès de ses proches qui n’ont pas encore vu Ouvert la nuit, pour leur reprocher dans ce cas de nier notre propre personne, et leur dire adieu. Symphonie tsigane, ode au croisement des mondes parisiens des microcosmes maliens de Montreuil aux maisons de milliardaires du parc Monceau, Ouvert la nuit dédié au mécène Jean-François Bizot, qui lança la carrière d’Edouard Baer sur Radio Nova et à Michel Galabru, est filmé comme on prend la main des copains pour leur dire qu’on les aime et que leur vie de saltimbanque est un acte sublime de courage, de poésie et de résistance.

 

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