Premier contact de Denis Villeneuve : plus qu’une langue

Premier Contact de Denis Villeneuve : Amy AdamsCe qui aurait pu constituer un grand film sur la traduction échoue par la mode imposée par Terrence Malick de boucle du temps très “born again” reliant passé, présent, futur, enfants à naître et à mourir, etc. Premier contact, beaucoup plus puissant dans son titre anglais Arrival, s’ouvre magistralement sur l’arrivée perturbante de 12 vaisseaux extraterrestres sur terre, dont curieusement un se pose aux Etats-Unis. Louise Banks (extraordinaire Amy Adams, magistrale dans The master), universitaire polyglotte spécialiste de traduction, est réquisitionnée par l’armée pour tenter d’entamer la conversation avec les “heptapodes” (sept pieds) qui tentent d’entrer en contact depuis leur vaisseau.

La première heure du film rappelle les grandes heures de 2001, l’Odyssée de l’Espace ou Rencontres du troisième type, monuments de lumière et de sublime, sur l’hypothèse de la confrontation à l’autre situé au-delà de l’atmosphère terrestre : découverte de la conque, montée dans l’austère vaisseau, écriture des premiers mots pour s’identifier, réponse des extraterrestres… L’universitaire tente en de bouleversantes séquences de maîtriser le “corps de la langue” (Barbara Cassin) des extraterrestres pour réduire les équivoques qui tromperont les armées du monde entier, et entamer un “jeu à somme nulle” avec les visiteurs. La production s’enfonce trop rapidement dans le Grand-Guignol et un délire métaphysico-psychologique sur la maîtrise du temps par la vision du futur. Les pouvoirs magiques du jeune Stark ayant la vision dans la Saison 6 de Game of thrones du futur “Hodor” en pleine crise épileptique de devenir celui qui devra sauver cet homme beaucoup plus tard en retenant la porte qui retient les marcheurs blancs (“Hold the door”) sont très supérieurs à la vision de publicité pour couche-culotte et fournisseur d’électricité que dispense Denis Villeneuve.

Proposition de fin alternative à Premier Contact

Louise Banks (Amy Adams) est allongée, endormie, sur le champ au-dessus duquel le vaisseau-conque a disparu. Elle est étonnement paisible dans le paysage désolé du champ abîmé par les tirs nourris de l’armée américaine sur le vaisseau. Ian Donnelly (Jeremy Renner) court vers la jeune femme qu’il réveille. Elle sourit.

Ian Donnelly

J’ai essayé de les retenir tant que tu étais dans la conque, mais ils ont déclenché les tirs.

Louise Banks

J’ai entendu.

Ian Donnelly

Abbot et Costello ne t’ont pas fait mal.

Louise Banks

Abbot est mort.

Ian Donnelly

Qu’est-ce qu’a dit Costello ?

Louise Banks

Il a dit qu’il savait que l’humanité avait besoin d’espoir pour vivre, et nous a légué leur langue pour nous aider à nous orienter dans l’espace un jour. Costello a eu un hoquet avant de disparaître.

Ian Donnelly

Il agonisait ?

Louise Banks

Non, je crois qu’il riait.

FIN

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