7e prix Cinéma dans la lune : Danielle Arbid, Demaizière et Teurlai, Sonia Braga, Samir Guesmi…

Peur de rien de Danielle Arbid : Manal IssaLe jury du site qui célèbre les nouvelles utopies esthétiques, poétiques et politiques du cinéma s’est réuni cette nuit pour attribuer le 7e prix Cinéma dans la Lune.

Prix dans la Lune, meilleur film : Peur de rien de Danielle Arbid. Le plus beau titre de l’année, la mise en scène chaleureuse et sensuelle de Danielle Arbid, la révélation d’une très grande actrice libanaise, Manal Issa, un scénario généreux d’intégration réussie offrant une chance à tous les psychotiques qui courent les rues : épousez l’étrangère !

Prix du meilleur documentaire : Relève, histoire d’une création de Thierry Demaizière et Teurlai. Irruption d’une incarnation du rêve américain, Benjamin Millepied, dans une très vénérable institution française, le Ballet de l’Opéra de Paris, où le chorégraphe délaissant son rôle de Directeur de la Danse décloisonne les services et impose la première métisse de l’histoire du Ballet dans un premier rôle. Un film brillant sur le frottement des rêves américain et français.

Prix de la meilleure comédienne : Sonia Braga dans Aquarius de Kleber Mendonça Filho. Bouleversante comédienne brésilienne qui illuminait même l’un des pires films d’Eastwood, La relève. Mère Courage opposée au promoteur faisant tout son possible pour la chasser de son appartement afin de transformer un immeuble vieillissant du bord de mer en résidence de luxe. “Vous avez oublié la révolution sexuelle” dit la tante de l’héroïne à l’issue de l’éloge de sa vie accomplie d’universitaire féministe et militante anti-dictature, en pensant aux fougueux cunnilingus offerts par son amant. Sonia Braga prolonge ce rêve sans lequel les fusils reprendront le pouvoir.

Prix du meilleur comédien : Samir Guesmi dans L’effet aquatique. Emouvant et sensible grutier de Montreuil amouraché d’une prof de natation en dépression interprétée par Florence Loiret-Caille dans le très beau film-révérence de Solveig Anspach. Du gros plan sur ses pieds aux mains liées (“Together project”) pour un projet de piscine israélo palestinienne, Samir Guesmi offre un corps à modeler exceptionnel pour tout rêve de cinéaste.

Prix du meilleur scénario : Kleber Mendonça Filho pour Aquarius. L’invention du retournement du cancer de l’héroïne du film au promoteur qui cherche à la chasser de son appartement, chez cet admirateur de John Carpenter.

Prix de la meilleure image : Mark Lee Ping Bing pour The Assassin de Hou Siao-Sien. Millenium mambo, Les fleurs de Shanghai, In the mood for love… Nouveau film-tableau du maître taïwanais, inspiré du Wu Xia Pian comme de la peinture chinoise. Lee Ping Bing filme en un seul plan les rouges et jaunes de l’intérieur d’une tente, le vert de l’auvent et le bleu-gris du crépuscule extérieur. Seule la lumière demeure.

Prix du meilleur son : Philippe Lecoeur, Emmanuel Croset et Romain Ozanne pour Ma loute de Bruno Dumont. Symphonie pour dentelles et cuir, ou la lutte des classes pour les oreilles.

Prix du meilleur montage : Blu Murray pour Sully de Clint Eastwood. Tour de force que ce montage d’un film passionnant sur un argument tenant en 208 secondes, la durée entre la panne et l’amerrissage sur la rivière Hudson de l’Airbus piloté par le héros du film aux prises avec l’assureur de la compagnie aérienne jusqu’au dénouement qui fait triompher l’homme des algorithmes.

Prix du meilleur costume : Gitti Fuchs pour Toni Erdmann de Maren Ade. Invention d’un personnage qui ne pouvait vivre qu’avec un costume adéquat et une perruque ad hoc. Costume pour père de substitution d’une expatriée allemande taillant dans les coûts pour son cabinet de conseil à Bucarest.

Prix de la meilleure musique : Bagad Men Ha Tan et Doudou N’Diaye, musique pour 17 musiciens bretons et 20 percussionnistes sénégalais reprise dans la scène finale de The Assassin de Hou Siao-Sien. Puissance des cornemuses, des percussions et du mélange des cultures pour célébrer une héroïne imposant sa liberté à sa maîtresse et son amour de jeunesse.

Prix du meilleur décor : Ryu Seong-Hee pour Mademoiselle de Park Chan-Wook. La cave coupe-tout dans laquelle un vieux pervers collectionne des sexes des deux genres et se venge de la fuite de sa nièce en torturant le faussaire qui a tenté de partir avec l’argent de l’héritage, lequel se réjouit avant de mourir d’avoir tout son pénis, misère de l’homme qui refuse la castration.

Prix du meilleur court-métrage : Jeunesse de Shanti Masud. Capture de la puissance fantasmatique du visage féminin pour des marins, et splendide accueil des hommes dans l’autre monde par un Haka de femmes.

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