Réparer les vivants de Maylis de Kerangal par Katell Quillévéré : ils sont tant de fois le service public

Réparer les vivants de Katell Quillévéré : Tahar RahimLa tendresse accède moins facilement aux festivals où le cynisme et la violence font figure de manifeste artistique, alors qu’il est si fondamental de s’intéresser au cinéma des réalisatrices, qui de Danielle Arbid, Shanti Masud, Lucie Borleteau, Salma Cheddadi ou Katell Quillévéré, réinventent des manières de désirer où l’appel au sang reste intérieur, même si la jouissance extérieure est supérieure en se passant des perversions inventées par les tenants de l’organe pour s’offrir un plus-de-jouir à la hauteur de ce dont la civilisation les a privés.

La cinéaste s’empare d’un projet ambitieux avec l’adaptation du très beau roman de Maylis de Kerangal, généreux et tendre, écrit dans la langue polyphonique et poétique inspirée par le Prix Nobel Claude Simon. “Enterrer les morts, réparer les vivants” donc appelait le Platonov de Thekhov qui en tant que médecin connaissait parfaitement le sujet. On y suit donc un coeur de jeune surfeur accidenté jusqu’à la bénéficiaire de l’organe. Katell Quillévéré manifeste la même tendresse pour les acteurs que dans ses précédents films, avec Michel Galabru dans Un poison violent, Ariane Labed et Sara Forestier dans Suzanne, ici un paysage très impressionnant se composant de la très belle et émouvante Alice Taglioni en pianiste amoureuse, pour qui le sujet du film doit résonner très profondément, Tahar Rahim en coordonnateur de la greffe, Steve Tientcheu en membre de l’Agence de la Biomédecine qui gère entre autres le don d’organe dans la cosmopolite ville de Saint-Denis, Dominique Blanc en chirurgienne autoritaire et généreuse, les actrices dolaniennes Mona Chokri et Anne Dorval en quête de coeur ardent… L’équipe de Cinéma dans la lune classée par les attaché(e)s de presse dans la catégorie “fan d’Alice Taglioni, Dominique Blanc et Steve Tientcheu” était entièrement mobilisée pour couvrir l’événement.

Réparer les vivants célèbre la générosité du service public et de l’éternité humaine à mesure où les vivants remplacent les morts, tel ce plan où Bouli Lanners tenant sa fille dans ses bras fait suite à la route transformée en vague par la très belle image de Tom Harari, passionnant chef opérateur passé du court au moyen (Un monde sans femmes) puis au long-métrage. La cinéaste offre son plus beau rôle à Kool Shen (ex-NTM) en père inconsolable et célèbre les aides-soignantes, infirmières, chirurgiens, policiers… qui oeuvrent au bien commun, et l’art “qui nous a été donnés pour nous empêcher de mourir de la vérité” (Nietzsche). Face aux innombrables chercheurs de coupables depuis près de deux ans, Katell Quillévéré s’accroche aux coeurs. Embrassez des bouches avant de n’être plus bon pour la moindre greffe.

Réparer les vivants de Katell Quillévéré : Alice Taglioni

One thought on “Réparer les vivants de Maylis de Kerangal par Katell Quillévéré : ils sont tant de fois le service public

  1. Est ce que vous savez comment je peux obtenir une copie du film “Goldman” sur lequel à propos duquel avez écrit. J’habite aux EtatsUnis dans la région de Los Angeles.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *