United red army de Wakamatsu/Le ruban blanc de Haneke : puritanisme et fachisme

 Kôji Wakamatsu dans United Red Army (Photo) L’attribution de la Palme d’or au film Le ruban blanc de Michael Haneke hier soir sera l’occasion de débattre dans quelques mois, lors de la sortie du film en France, des liens entre une éducation répressive et puritaine, en l’occurrence dans l’Allemagne de 1914, et une appétence des peuples pour le fascisme. Le cinéaste autrichien confiait cette semaine à Libération qu’il estimait que cette éducation avait autant favorisé la naissance du nazisme, que du “fascisme de gauche” dans les années 70, ou de ce qu’il appelle le “fascisme musulman” aujourd’hui : “à cause de toutes leurs frustrations, de toutes leurs souffrances, les gens deviennent disponibles à une solution radicale. Ces enfants se prennent pour la main droite de Dieu : ils se croient plus justes que ceux qui leur ont donné l’idée de justice”.

United red army de Wakamatsu boucle la série de films réalisés depuis quelques années par des cinéastes de gauche sur les mouvements d’extrême gauche radicaux des années 70 ayant émergé dans les trois pays qui ont volontairement adhéré au fascisme dans les années 30, l’Allemagne, l’Italie et le Japon. Arrivederci ciao amore et Romanzo Criminale présentaient les Brigades rouges italiennes comme des opportunistes plus ou moins manipulés par le grand banditisme et les mouvements d’extrême droite. La Bande à Baader faisait le portrait d’une Allemagne où le refoulement du passé nazi donnait naissance à une situation explosive d’où émergeaient les mouvements d’extrême gauche.Les deux Che de Sodebergh montraient l’impossibilité pour une révolution de réussir sans renoncer à ses idéaux. United red Army dresse le portrait de la Fraction Armée Rouge japonaise, en s’intéressant particulièrement à l’hiver 1972 au cours duquel son noyau central extermina 14 de ses membres, au milieu des montagnes, pour déviance anti-révolutionnaire.

Le film de Wakamatsu est insoutenable lorsqu’il s’attarde sur la manière dont les deux leaders, Mori et Nagata, condamnent leurs collègues pour des détails futiles : une militante met du rouge à lèvre, une jeune maman s’approprie son bébé (la propriété est anti-révolutionnaire), un fondateur du mouvement a éraflé un fusil en le nettoyant, etc. L’autosuicide du mouvement est filmé de manière méthodique, les révolutionnaires se perdant dans de puérils discours sur la véritable doctrine plutôt que de passer à l’action. Lorsque les derniers membres du groupe prennent une aubergiste en otage pour se défendre, le plus jeune estime qu’aucun d’entre eux n’a finalement fait preuve de véritable courage. La musique du guitariste de Sonic Youth ajoute au film un air d’irréalité, jusqu’au générique où le cinéaste revient sur le parcours de la FAR japonaise jusqu’à nos jours, avant de conclure sur l’immolation récente d’un membre du mouvement pour protester contre l’occupation de la Palestine par Israël.

Ce retour tardif du politique dans le film révèle bien la volonté du cinéaste Wakamatsu, comme des autres cinéastes qui se sont intéressés à ces mouvements, de présenter ce qui serait le “bon” militantisme, contre le militantisme dévoyé des mouvements terroristes. La condamnation du puritanisme de ces mouvements est finalement une invitation à une modestie du militantisme, et à une réponse du politique moins répressive des problèmes de son temps.

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