Vengeance de Johnnie To : la profondeur d’un visage humain

 Johnny Hallyday, Johnnie To dans Vengeance (Photo)Qu’on le veuille ou non, ce visage est aussi représentatif de la France depuis cinquante ans que Brigitte Bardot et les films de Truffaut. Vengeance est donc devenu un hommage à Johnny Halliday alors que Johnnie To voulait initialement rendre hommage à Melville en filmant Delon (qui a décliné la proposition) dans un rôle qui parodie le Jeff Costello du Samouraï. Le film n’égale pas les chorégraphies hallucinantes de The mission et L’exilé qui sont devenues la marque du maître hong-kongais du gunfight lyrique, mais il est tout entier dévoué au visage taillé à la cerpe par les mystères et les douleurs du chanteur français.

L’histoire commence presque là où s’achevait The mission, qui a révélé Johnnie To au public international en 1999 : des hommes de main descendent la femme de leur patron (la mégastar hong-kongaise Simon Yam, qui est de presque tous les films de Johnnie To) et de son amant sous les yeux d’un Français égaré à Macau pour venger sa fille. Amnésique et étranger, il paie ces hommes pour l’aider à trouver son chemin jusqu’aux tueurs.

Les pertes de mémoire de Costello, dues à une balle logée dans son crâne, concentrent toutes les histoires d’amnésie offertes par le cinéma depuis quelques années, de la trilogie Jason Bourne avec Matt Damon à Memento. Il faudra s’interroger un jour sur les raisons du succès des histoires d’amnésie dans le monde postérieur à la chute de Berlin (la mémoire est-elle pleine ?), mais l’amnésie de Costello offre aussi une belle méditation sur le sentiment d’étrangeté, ou d’être étranger au monde : “I’m a total stranger here” explique le Français aux tueurs qu’il engage. C’est bien le terme de la même éthymologie que “strange” (étrange), signifiant aussi “inconnu”, qui est utilisé dans le script, au lieu de “foreigner”, qui désigne proprement en anglais la personne venant d’un autre pays.

Vengeance de Johnnie To double la méditation du Samouraï sur le code d’honneur des hommes qui vont mourir et leur détachement du monde, du voyage d’un homme qui vient se venger puis s’invente une famille pour combler ses trous de mémoire. C’est aussi ça la puissance du cinéma, redonner vie à un visage qui semblait mort depuis longtemps.

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