Miss Peregrine et les enfants particuliers de Tim Burton : la culture des mots et des images

Miss Peregrine et les enfants particuliers de Tim BurtonMon grand-père menuisier charpentier s’était étonné qu’en ma vingtaine je désire travailler dans le secteur de la culture, qui évoquait pour lui les faucilles et charrues, lesquelles étaient effectivement très éloignées de mes capacités et préoccupations. L’oeuvre de Tim Burton s’est toujours intéressée à la puissance des mondes imaginaires inventés par les anormaux, autistes, psychotiques, enfants perdus… Miss Peregrine et les enfants particuliers, d’après le roman de Ransom Riggs lui permet de retrouver la puissance d’enchantement d’Edward aux mains d’argent et sa créature aux mains en forme de ciseaux condamné à vivre à l’écart du monde, ici avec un bréviaire très impressionnant de la bizarrerie (invisibilité, mains déclenchant un incendie au toucher, bouche située dans la nuque…).

Ici, un jeune Américain de Floride (Samuel L. Jackson en affreuse créature explique avec dégoût avec ses amis avoir été forcé de vivre dans cet abominable état durant plusieurs semaines) est invité par son grand-père (Terence Stamp) à suivre la piste d’une mystérieuse Miss Peregrine qui l’a accueillie dans son orphelinat dans le Pays de Galle durant le seconde guerre mondiale, au même titre qu’un enfant invisible, deux jumeaux à la tête cachée, une petite fille forte comme un haltérophile… Le père sceptique escorte le fiston qui s’enfuit dans le monde imaginaire de Miss Peregrine condamné à revivre chaque jour enfermé dans une boucle du temps refermée le jour de 1943 où son refuge pour enfants “particuliers” a été bombardé par les Allemands.

L’oeuvre de Tim Burton représente pour paraphraser Lacan le monde des mots et des images, dont bien plus que les hommes ordinaires, les femmes et les hommes particuliers ont à bénéficier. Le plaisir avec lequel le cinéaste navigue entre les époques, les effets spéciaux numériques et mécaniques, les effets visuels et sonores, la maladresse de ses comédiens ébahis par la malice de ses comédiennes, poursuit le rêve de “plus grand des trains électriques” (Orson Welles) que le cinéma était censé personnifier. L’enfant-caméra du film, projetant ses rêves à ses amis sur grand écran, est le plus beau salut fraternel du cinéaste à son public.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *