La femme sans tête : culpabilité et amnésie de l’occident

 Claudia Cantero, Maria Onetto, Lucrecia Martel dans La Femme sans tête (Photo) Lucrecia Martel filme une Argentine dans laquelle les descendants des conquistadors sont servis par les descendants des Indiens condamnés aux petits emplois pour survivre. C’est d’ailleurs un jeune Indien qu’une dentiste bourgeoise de Buenos Aires, Veronica (Maria Onetto, photo), pense avoir écrasé avec sa voiture, avant de s’enfuir lâchement. Mais le remords la hante, avant que les traces de cet accident ne s’effacent peu à peu comme dans Blow out d’Antonioni.

Le cinéaste italien, qui n’avait pas caché son admiration pour le fascisme pendant la guerre, en était ressorti avec un profond dégoût pour la réalité et le langage que ses personnages, surtout Monica Vitti (L’Avventura, La nuit, L’éclipse, Le désert rouge, etc.) ne cessaient de fuir. Lucrecia Martel, marquée par les années de dictature de son pays, raconte un monde dans lequel la classe dirigeante fuit ses responsabilités pour mieux se réfugier dans l’irréalité.

La femme sans tête est un film déroutant à l’esthétique difficile par sa volonté de décadrer les personnages pour mieux priver de tête le corps de son héroïne. Veronica éprouve des maux de tête douloureux qui permettent de penser qu’elle n’a peut-être tué qu’un chien sur cette route de campagne. Le talent de la cinéaste consiste à ne pas condamner son personnage a priori, et à lui offrir un échappatoire sans moraliser son parcours.

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