Victoria de Justine Triet : la résistance au désert

Victoria de Justine Triet : Virginie Efira
De psychanalyste à voyante et jusqu’à la médecine chinoise, Victoria, jeune avocate mère de deux enfants à Paris, cherche à aller mieux, ce qui suppose notamment, lui conseille le dernier praticien qu’elle rencontre, de “ne pas confondre le plaisir (au travail) avec la jouissance (sexuelle)”. Justine Triet poursuit son exploration de la résistance à la prolétarisation des classes moyennes après le portrait d’une journaliste au bord de la crise de nerfs dans La bataille de Solferino. Son avocate cherche une voie pour exister sans sombrer dans l’inhumanité dont le film livre quelques portraits amusants : mythomane, pervers, dépressif se noyant dans le sexe avec des inconnu(es)…

La cinéaste a heureusement troqué la laideur de son film précédent, les petits moyens n’étant pas une excuse, pour le cadre rigoureux et sensuel de Simon Beaufils (notamment chef opérateur de Fidelio, très admiré dans la Lune) qui illumine sans mensonge le visage de Virginie Efira de la fatigue la plus douloureuse à la mine pimpante et maquillée des bons jours, jusqu’à une très belle scène d’amour simple et câline entre l’avocate et son ami.

Les péripéties convoquent un chien témoin ou non d’une agression au couteau, un singe savant, un ex-dealer (Vincent Lacoste) client de la belle, l’amie avocate de Virginie Efira (Laure Calamy dans un très grand rôle de composition), l’ex-blogueur artiste râté de la belle (Laurent Poitrenaud en salaud satisfait)… Justine Triet a un talent exceptionnel pour s’extirper du réalisme pour hisser ses petites histoires à hauteur de fable, de Virginie Efira en pleurs consolée par sa fille sur son lit à la délicatesse du partage des jouissances ou à la transformation d’un jugement en ménagerie. La cinéaste s’amuse de la seule formule qui permet d’échapper au néant du cosmos : Jouissez avec entrave.

 

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