Je l’aimais : à nos lâchetés

 Marie-Josée Croze, Zabou Breitman dans Je l'aimais (Photo)

S’il n’y avait qu’une image, alors ce serait celle où Daniel Auteuil regarde les convives d’un restaurant contempler la femme qu’il aime (Marie-José Croze) traverser la salle enrobée dans une robe rouge velour qui épouse parfaitement ses formes. Seulement voilà, il n’a jamais osé quitter sa petite entreprise familiale, ses adolescents rebelles et sa femme aimante. Il raconte ses souvenirs pour la première fois peut-être, un peu pour revivre ces baisers volés, un peu pour consoler sa belle-fille (Florence Loiret Caille) qui vient de se faire plaquer.

Les amants se sont rencontrés il y a longtemps à Hong Kong, où l’entrepreneur joue son va-tout face à des clients chaleureux, mais qui mettent brutalement fin à l’entretien car ils ne veulent pas faire affaire à un Français en train de tomber amoureux. Ce monde de la petite entreprise familiale cher à Claude Sautet (Yves Montant dans César et Rosalie et Vincent, François, Paul et les autres) est éclairé avec tendresse et pudeur, loin des clichés qui encombrent trop souvent cet univers méprisé par le cinéma français, où l’entrepreneur est trop souvent suspect.

On pense à Wong Kar Wai bien sûr, car Zabou Breitman rend un joli hommage à In the mood for love, mais la cinéaste forme peu à peu une oeuvre sensible et attachante, dont le titre du premier film, Se souvenir des belles choses, semblait programmatique. Elle a le sens des mains et des lèvres qui se cherchent. Heureux ceux qui se souviennent, ils n’ont pas tout perdu. Au petit matin, Florence Loiret Caille voit un monde de possibles se lever. Encore plus heureux ceux qui saisissent les perches tendues par la vie.

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