Divines de Houda Benyamina : les héroïnes ratées du capitalisme

Divines de Houda Benyamina : Oulaya AmamraLe système qui promet 100 millions au numéro 1 d’un secteur, 100 000 au numéro 2 et 20 000 au numéro 3 se justifie notamment par la survalorisation des miraculés sociaux du ghetto aux étoiles (il faut se retenir de rire comme dans les films de mes frères Coen en lisant les nombreux articles de la presse internationale intitulés “la bergère devenue Ministre de l’Education Nationale” accompagnés d’une photographie de bergère qui ne représente pas cette femme). Houda Benyamina ne ment pas sur la violence des ghettos français, le rêve de millions promis par les portes des buralistes et les contes pour adolescents, et le cloisonnement des classes sociales, empruntant à l’univers des cinéastes italo-chrétiens américains (Francis Ford Coppola pour Le parrain, Martin Scorsese pour Taxi Driver, Brian de Palma pour Scarface) pour son très bon film qui esquisse la chute d’une fille d’immigrés prête à tous les compromis pour se couvrir d’or.

Dounia a la tchatche comme seule arme pour sortir de son camp de rom où s’est réfugiée sa mère entraîneuse dans un bar de nuit. La cinéaste ouvre son film sur l’outremonde de la société française où se sont réfugiés les exclus de la société occidentale, dans des taudis à côté desquels les logements sociaux sont des résidences de luxe. La jeune femme lâche l’école et s’embarque pour la drogue et son rêve de “money, money, money” avec sa copine Maïmouna en adolescente gavée de sucre.

La musique sacrée musulmane et chrétienne détourne de manière furtive la jeune femme de son rêve de fric, mais l’avidité et le désir de revanche social l’emportent jusqu’à l’abjection. Un danseur de hiphop entretient l’espoir d’une sortie avantageuse vers l’art et les classes moyennes dans un superbe duel dansé entre la jeune femme séductrice et le beau mec. Oulaya Amamra se métamorphose comme rarement les comédiennes féminines de garçon manqué aux épaules voutées en étoile, manifeste de l’évolution de la beauté féminine à la française par ses personnalités issues du Maghreb, arabes, séfarades, kabyles…

Houda Benyamina tire son récit de femmes courageuses vers le polar entre la caïd du quartier, sa vendeuse et un homme qui a dénoncé la première à la police. L’écho du cinéma de Kechiche s’estompe pour laisser place à l’ambiance des films noirs américains. La jeune femme effleure le sacré avant de subir la loi de son marché. Comme dirait Houda Benyamina, haut les clitoris, et la jouissance féminine sauvera le monde.

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