Rester Vertical de Alain Guiraudie : l’enfant est un projet horizontal

Rester Vertical de Alain Guiraudie : Damien Bonnard, Laure CalamyLa peur d’en perdre au niveau de la verticalité par l’arrivée d’un enfant est un thème récurrent du cinéma masculin et Alain Guiraudie croise cette angoisse avec celle de la page blanche après le succès commercial et critique de L’inconnu du lac. Léo erre sur la ligne Causse/marais poitevin/rade de Brest à la recherche de l’inspiration pour l’écriture d’un film, de la paternité avec une bergère (la passionnante comédienne India Hair) puis seul, et de son homosexualité.

Le cinéaste fait d’abord le choix de l’horizontalité qui accompagne son fantasme d’enfant : travelling en voiture, écran large, lignes horizontales des Causses redoublé par le beau corps nu allongé de India Hair, conception de l’enfant, accouchement, sommeil agité du nouveau-né, écolo-thérapie dans le marais poitevin avec Laure Calamy… La mère ne veut finalement pas de l’enfant d’un père qui rejette la vie commune, puis le film s’emballe à la recherche de la verticalité : rester debout alors que l’enfant pousse au lit, écrire un scénario malgré le manque de concentration (la poursuite entre son producteur armé d’un fusil dans le marais poitevin pour l’obliger de remettre un scénario est hilarante), éprouver une érection, se tenir droit face à une meute de loups qui terrorise les bergers…

Alain Guiraudie, maître en étreintes-désirs, s’en donne à coeur joie d’homme à femme, fils à beau-père, jeune homme à vieil homme rêvant de mourir d’orgasme… La seule flamme qui manque est peut-être celle de père à enfant qui illuminait par exemple Le miroir d’Andreï Tarkovsky en un somptueux travelling sur le berceau d’un enfant. Léo est bien maladroit avec son bébé désiré/encombrant accusé de freiner tous les rêves d’Icare du cinéaste, alors que la voie est ouverte au XXIe pour les Icare qui tenteraient le grand saut un enfant dans les bras.

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