Toni Erdmann de Maren Ade : l’humanisation du désir

548825L’époque des Bullshit jobs (traduits poliment par “jobs à la noix”), tueurs de coût, consultants licencieurs justifiés par le sens du marché, guetteurs de productivité jusqu’au moindre geste d’une mission, tient son film et son antidote avec Toni Erdmann, plaisir redoublé par la joie de voir une comédie savoureuse dans la belle langue de Goethe et Schubert.

Ines (Sandra Hüller) est consultante à Bucarest pour une société pétrolière, chargée d’évaluer tous les postes susceptibles d’être externalisés afin d’être supprimés sans impact pour son donneur d’ordre. En tant que femme élégante, il lui est aussi demandé d’assurer des extras le week-end pour le shopping de la femme de son client et de séduire le directeur récalcitrant d’une usine. La cinéaste humaniste Maren Ade filme comme les frères Dardenne à hauteur d’homme, au 50 mm, et choisit le grand éclat de rire pour déstabiliser la bêtise. Le père de l’héroïne, enseignant fatigué et célibataire soignant sa dépression avec son double Toni et ses coussins péteurs, fait exploser la cage froide et cynique de sa fille.

C’est un plaisir de lancer la saison cinématographique avec cet humanisant du désir qui obtiendra ce qu’il veut, la fêlure et le grand éclat de rire de sa fille dans une scène nue d’anthologie où l’impératif de performance du cadre moderne croise la servilité et la morale du trou du cul enseignée par Montaigne. Pourvu qu’elle soit fessue.

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