Rencontres d’Arles 2016 : PJ Harvey récitant The Hollow of the Hand sur les photographies de Seamus Murphy, Don McCullin avec Robert Pledge, l’écho de l’image

Votre serviteur qui écoute principalement en rock The Velvet Underground and Nico et To Bring you my love de PJ Harvey était naturellement aux premières loges du Théâtre Antique pour écouter la belle Anglaise réciter son poème The Hollow of the Hand (Le creux de la main) sur les images de son compatriote photographe Seamus Murphy dont elle dit “qu’il capture en images ce que j’essaie de capturer en chanson. Je l’ai pourchassé. Nous sommes devenus amis“.

La voix rocailleuse de la chanteuse s’entremêle avec les images granuleuses de Seamus Murphy. Le voyage photographique visite deux pays martyrs, le Kosovo et l’Afghanistan, et la capitale la plus influente pour la vie de ces populations, Washington D.C., mais du côté des gens simples et des déshérités. Seamus Murphy capture les vestiges du conflit au Kosovo, les villages désertés, les visages durcis par la guerre, puis la puissance mythologique du peuple Afghan auquel PJ Harvey fait dire dans Talking to dog, qu’elle dédie à David Bowie, “J’ai vu les étrangers venir. J’ai vu les étrangers partir. Et je serai toujours là longtemps après que tu sois parti”.

Le Directeur du festival Sam Stourdzé est venu présenter les invités surprises de la soirée, tout d’abord le cinéaste d’Alep Issa Touma, directeur du premier festival de photographie dans cette ville, auteur de Neuf jours dans Alep depuis ma fenêtre, que tout festival de cinéma digne de ce nom devrait montrer.

Un amoureux de Palmyre, que je fus mais avec moins de courage, est venu clore la soirée en beauté. Don McCullin, photographe de guerre et de la coupure qui vise à arracher le spectateur à sa tranquillité, âgé de 80 ans, revenait de la ville antique syrienne qu’il avait également photographié avant les destructions. Répondant aux questions de Robert Pledge, il a commenté ses photographies des prolétaires britanniques aux victimes des conflits qu’il a couverts depuis soixante-ans (Berlin-est, Vietnam, Cambodge où il a été blessé, Liban…), lui qui a décidé comme aujourd’hui la photographe américaine Darcy Padilla “d’agiter les drapeaux pour les plus démunis“. Il porte la même tendresse sur les membres du gang de son enfance dont il s’est échappé par la photo, une jeune fille transportant le linge de sa famille sur une charrette ou les victimes des conflits dans lesquels il s’est embarqué comme pour L’Iliade :”Robert Capa était mort. Je me suis dit que je pourrais peut-être prendre sa place”. Le photographe est lucide sur le pouvoir très relatif de son média : “Je pensais que la caméra pouvait le rôle d’une voix. Je me suis trompé. Mes photos ne sont pas de l’art, mais il vaut mieux mettre la guerre dans les musées que la vivre (…) Les magazines ne montrent plus de photographies de guerre. Ils veulent parler de footballeurs et de riches. Ils enterrent les tragédies dans le sable pour qu’on ne les voie plus”.

Rencontres d’Arles, jusqu’au 25 septembre 2015

The Hollow of the Hand, PJ Harvey et Seamus Murphy, 232 pages.

Don McCullin, Looking beyond the edge, Eglise Sainte-Anne jusqu’au 28 août 2016

 

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