Josef Sudek au Jeu de Paume : l’objet élevé à la dignité de la Chose

L’exposition consacrée au “poète de Prague”, photographe du silence des objets de son atelier, de la vue depuis sa fenêtre et des rues de son pays qu’il arpenta de 1896 à 1976, est intéressante au plus haut point pour le spectateur contemporain.

L’obsession de cet homme qui perdit un bras durant la première guerre mondiale et s’opposa à sa manière à l’impossibilité de créer une œuvre d’art politique dans les pays d’Europe de l’est soumis à Moscou se trouve au cœur d’une problématique majeure à laquelle est confrontée tout artiste majeur selon la réponse qu’il compte apporter à l’encontre de l’angoisse. La sublimation la plus simple, la plus innocente nous dit Lacan contemplant une statue composée de boîtes d’allumettes par Jacques Prévert, consiste à “élever l’objet à la dignité de la Chose”, à “révéler la Chose au-delà de l’objet” ‘(L’éthique de la psychanalyse). Il ne faut pas oublier que cette remarque est une réponse à l’ambition exprimée par le plus influent et le plus problématique philosophe du XXe siècle, Martin Heidegger, estimant que la tâche de l’homme consiste à “sauter par-dessus les choses” pour aller “vers ce qui appartient à la Chose” (Qu’est-ce qu’une chose ?).

Josef Sudek a méticuleusement ramassé et photographié des objets épars et abimés en guettant le moment où la lumière épouserait la forme d’un mannequin, d’une chaise ou de la buée pour créer une nouvelle forme qui impose au spectateur de s’étonner devant la choséité des objets. Cette modestie doit être mise en en miroir avec l’ambition de l’œuvre de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige exposée au premier étage du Jeu de Paume, qui donne un nouvel objet aux choses déformées par la violence.

Josef Sudek au Jeu de Paume jusqu’au 25 septembre 2016

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