Café Society de Woody Allen : la compagnie des femmes philosophes

Entre les comédiens et les gangsters, deux catégories dont Freud disaient dans Pour introduire le narcissisme qu’elles “forcent notre intérêt par la cohésion narcissique avec laquelle elles éloignent tout ce qui rapetissent notre moi“, Bobby (Jesse Eisenberg) fuit le petit commerce de son père qui se rêve authentique juif pour les lumières de Hollywood.

Il est accueilli après quelques réticences par son oncle agent (Steve Carell) qui lui présente le gratin et le jette dans les bras de sa secrétaire (Kristen Stewart) pour lui faire visiter les beaux quartiers. Le double de Woody Allen guidé par la voix-off ironique du cinéaste fait le prude avec les prostituées, amuse les ultra-riches par sa naïveté et se voit comparer par la belle accompagnatrice à un “daim pris dans les phares”. Il fallait les frôlements, la démarche de bossu et les hésitations de Jesse Eisenberg pour redonner vie au plus célèbre intellectuel de gauche du cinéma des années 70 d’Annie Hall à Manhattan.

La lumière jaune du maître Vittorio Storaro (Le conformiste, Apocalypse now) nimbe le tout de mélancolie, qui semble la teinte dominante du cinéaste depuis quelques années, jusqu’à tutoyer franchement la mort dans le dernier opus et se moquer de sa ronde et de celles et ceux qui préfèrent la promesse d’éternité aux montagnes de la connaissance et à l’étreinte du doute. Café Society donc, à la chance de converser autour d’un verre ou d’une tasse, de la caresse de l’amitié aux promesses de la séduction, dans lequel, ponctuellement, tout “homme peut devenir une femme philosophe” (Barbara Cassin). Un sourire doit en contenir des promesses pour que les foules se collent à La Joconde plutôt que de contempler les fesses de La Grande Odalisque d’Ingres.

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