Braqueurs de Julien Leclercq : de l’autorégulation des ghettos français

Le très bon film de Julien Leclercq, porté par un Sami Bouajila magistral, éclaire de façon passionnante la manière dont les ghettos français se mêlent à la société de ce pays, par le recyclage de l’argent noir dans les entreprises (le salon de coiffure de Kahina Carina) comme les tentatives d’intégration des truands par le haut de la société (vie dans le XVIe arrondissement de Paris, concubinage de Sami Bouajila avec une grande violoniste…).

Le métissage est totalement assumé par le cinéaste qui croise la jeune garde du cinéma d’auteur (Alice de Lencquesaing, Guillaume Gouix, Youssef Hajdi) avec le précurseur de la diversité intelligente sur les écrans français (Sami Bouajila) ou les nouveaux visages de la vie parisienne (l’exceptionnelle Kahina Carina, Steve Tientcheu et le chanteur de hip-hop Kaaris).

Le polar oppose une bande de braqueurs à des dealers de la banlieue nord de Paris à la suite d’une erreur du frère du personnages de braqueur paranoïaque interprété par Bouajila. Ce petit monde vie en vase clos tant qu’il ne perturbe pas la vie des citoyens, le nombre élevé de consommateurs réguliers de cannabis (environ 1 million en France) et le fonctionnement corporatiste de la société française offrant peu de chances d’ascension sociale aux enfants des ghettos en dehors des miraculés de l’école républicaine, de la culture populaire, de l’exploit sportif et de l’économie parallèle. Le talent de Julien Leclercq pour les scènes d’action ne l’empêche pas de laisser ses personnages vivre leurs galères et leurs rêves (dans combien de films français depuis la belle œuvre de Claude Sautet peut-on voir réunis une serveuse, un manutentionnaire, un patron de restaurant et un autre de pressing, une bande de dealers et un avocat sans que ce soit ridicule ?). Le parcours des truands tourne court, les obligeant à fuir au Maroc filmé comme un eldorado de ceux qui n’ont pas trouvé leur place dans ce pays.

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