Maggie a un plan de Rebecca Miller : le joyeux remplacement

L’excellent trio amoureux concocté par Rebecca Miller d’après Karen Rinaldi est bien la preuve que les opposants au grand remplacement se trompent : c’est non seulement devenu un élément banal des vies modernes, mais aussi une forme de vie qui donne son nom au plan du titre du film, dans lequel une enseignante de marketing délurée (Greta Gerwig) renvoie son homme (Ethan Hawke) dans les bras de l’ex-femme de ce dernier (la lumineuse Julianne Moore).

Le monde universitaire qui sert de cadre au film est un peu trop destiné aux happy few pour ouvrir ce film à un large public, alors qu’il porte l’héritage amoureux des films de Truffaut et Rohmer. Les rigueurs de l’histoire laissent espérer à ce qu’aurait offert le principe de Woody Allen de ne jamais devenir l’étalon d’un club appliqué à ce très beau scénario. Il reste que Rebecca Miller a le talent littéraire pour sortir du portrait sociologique de la vie de couple et hisser ses personnages à hauteur de mythe, notamment lorsqu’Ethan Hawke affirme que “les enfants sont des dieux qui guident nos destins de parents ignorants“.

C’est bien du côté poulpe adorable des enfants, dont seul Tomi Ungerer semble avoir pris la mesure, avec une tentacule toujours prête à retenir l’attention des parents, que le filme tire ses meilleures scènes, avec Greta Gerwig en adorable mère réelle ou rêvée. Donnez-nous moins des enfants dont nous soyons les pères, comme le demandait Molière, que des parents qui donneront un nom et un désir humains aux petits êtres.

 

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