OSS 117 Rio ne répond plus : portrait d’un Français

OSS 117 : Rio ne répond plus - Jean Dujardin Le cinéma français nous a offert beaucoup de personnages de Parisiens et de Provinciaux, mais finalement assez peu de Français, et c’est l’intelligence de la reprise de la série du plus imbécile des espions français, Hubert Bonisseur de la Bath, par Michel Hazanavicius et avec Jean Dujardin dans le rôle titre, que d’insister sur le mélange unique de chauvinisme et de charme qui fait l’image de nos concitoyens dans le monde entier.

Il s’agit moins de se demander si Rio ne répond plus est plus ou moins drôle que le premier opus Nid d’espion au Caire (sur ce point, les opinions divergent), que ce qui permet d’expliquer le succès de cette série magistralement mise en scène et photographiée, et qui représente le charme gaulois sous un jour peu flatteur.

OSS 117 est effectivement misogyne (“je ne vois pas bien l’intérêt de ressembler à une femme”), raciste (lorsqu’une femme dit “sales rouges” en parlant des Chinois, il précise : “sales jaunes”) et abruti (il refuse d’admettre que des Français aient pu collaborer entre 40 et 45 car le Général de Gaulle a dit que “toute la France avait résisté”). Après Le grand détournement, détournement d’extraits de films mythiques pour une parodie de Citizen Kane Michel Hazanavicius réalise le grand défouloir, où le spectateur peut laisser libre cours à ses petites haines et mesquineries tout en sachant qu’elles sont condamnables.

Car l’intelligence du réalisateur consiste à taper sur tout le monde avec le même malin plaisir, la démocratie française sous De Gaulle (“un Etat dirigé par un militaire, une seule chaîne de télé”, le chef des services secrets est un ancien collaborateur), l’Allemagne de l’après-guerre (“tous les Allemands n’étaient pas nazis”, OSS de répondre “je connais cette théorie”), la démocratie israélienne, etc. Le film bénéficie surtout de l’apport de l’un des plus expressifs acteurs français, le seul acteur au monde capable d’avoir la classe avec des vestes à carreaux et en costume moulant de trapéziste. Dans les années 60, les Français se ruaient pour voir des films où on leur expliquait qu’ils avaient été unis pour combattre des Allemands trop bêtes pour gagner la guerre. Oss 117 participe à sa manière du dynamitage de cette mythologie pour porter le rire au pouvoir.

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