Villa Amalia : comment sortir de la torpeur ?

Villa Amalia - Isabelle Huppert Il faut bien distinguer le bovarysme de la torpeur. Le bovarysme, apparu au XIXe siècle et “inventé” par Gustave Flaubert, est une manière de tromper l’ennui de la vie conjugale dans des bras accueillants qui offrent un soupçon d’aventure, de romantisme, d’érotisme, d’intellectualité, etc.

La torpeur dérive du sentiment romantique d’insatisfaction (“le monde est plus petit que mes rêves”), en insistant sur la manière dont l’homme est condamné à l’emprisonnement (“le monde tue mes rêves”). Ce sentiment s’est concrétisé dans la littérature entre L’étranger (1942) de Camus, mais pour de mauvaises raisons (le roman raconte le meurtre d’un Musulman par un pied-noir, ce qui était tout sauf absurde dans l’Algérie française des années 40) et Les petits chevaux de Tarquinia (1953) de Duras, où un couple de Français en vacances en Italie tourne autour de ses envies d’adultère sans jamais les mettre en pratique.

Villa Amalia de Benoît Jacquot raconte l’histoire d’une pianiste d’âge mûr (Isabelle Huppert, la meilleure interprète des acariâtres douées d’un brin de folie) qui décide de changer de vie après avoir vu son compagnon (le cinéaste Xavier Beauvois, étonnant) rejoindre sa maîtresse. Elle vend ses pianos, son appartement, sa voiture, se débarrasse de son portable et fuit par la Suisse avant de s’établir sur une falaise retirée du sud de l’Italie. La trahison de son ami est sans doute moins la véritable raison que le choc qui amène l’héroïne (Anna Hidden, “cachée”) à décider de recommencer sa vie à zéro. Benoît Jacquot filmait magistralement dans A tout de suite une Isild le Besco fragile qui fuyait avec un voyou. Villa Amalia n’échappe pas à certains tics du cinéma de chambre parisien, notamment ce comportement élitiste de ceux qui méprisent tous les métiers pratiques (agent immobilier, banquier, garagiste, etc.) car leur occupation (composer de la musique, organiser des expositions, faire du cinéma, etc.) leur donne un détestable sentiment de supériorité. Mais le cinéaste serre suffisamment le courage de son interprète pour nous intéresser à sa quête de nouveau. Elle brûle ses derniers souvenirs, tente des aventures sexuelles, refuse le mensonge, risque sa vie. Villa Amalia, ou de l’importance de faire le ménage autour de soi, de se débarrasser des fâcheux, et d’ouvrir les fenêtres sur le monde.

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