Ce sentiment de l’été de Mikaël Hers : l’évitement de l’amur

Mikaël Hers filme des corps en plongée au bord de la chute, sur les toits de la Place de la Nation ou de Manhattan. Leur corps est attiré par la chute comme celui de Sasha (Stéphanie Dehel, qui illuminait le précédent film de Hers, Memory Lane) qui a juste eu le temps d’exister comme corps (nue au lit avec son ami), sortie de bain, changeant de pull) avant de tomber.

La reconstruction de sa sœur (Judith Chemla) et de son ami (Anders Danielsen Lie) sera au cœur des étés suivants qui ponctuent le film de Paris à New York. Une histoire d’amour qui ne dit pas son nom se noue entre les deux malheureux, la première se séparant du père de son enfant, le second écrivain paralysé par la page blanche se réfugiant dans des traductions. L’héritage rohmérien (les très admirés Marie Rivière et Fédor Atkine, les rives du lac d’Annecy) du cinéaste du frôlement et de l’évitement laisse progressivement la place à un univers très personnel construit autour de l’image impressionniste de Sébastien Buchmann et de personnages rattrapés au bord du gouffre.

L’acteur norvégien Anders Danielsen Lie poursuit son interprétation de l’angoisse kierkegardienne (le vertige de la liberté) après Oslo 31 août et Fidelio. Judith Chemla approfondit avec son corps élastique son interprétation de la capacité d’un corps à tenir droit malgré toutes les fêlures. La belle Dounia Sichov offre une nouvelle version du ménage à trois en s’interposant pour éviter le mur auquel seraient promis deux amants réunis par la même douleur. C’est la plus belle promesse du film qui filme des héros des temps modernes tenant l’amur à distance.

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