Avé César de mes frères Coen : baisers doux-amers de Rome

Qu’adviendrait-il de Rome si César n’offrait plus les pains et les jeux ? Cette question passionnante sert à mes frères Coen de fil conducteur d’un film tordu enroulé par un fixeur de studio qui a réellement existé, Eddie Mannix (Josh Brolin), auteur des bases œuvres incluant chantage, corruption de la police, manipulation des stars et de la presse, coups et blessures…

L’homme de main du studio navigue entre l’enlèvement de la star d’un péplum (George Clooney) sur la christianisation de Rome entre Ben Hur et Quo Vadis, le risque sur l’image d’une starlette de comédies musicales enceinte sans père pour l’enfant (Eddie Mannix s’est réellement occupé de la grossesse de Loretta Young par Gable, laquelle a dû abandonner puis adopter son propre enfant), les sympathies communistes d’une star homosexuelle de films de marins et le patriotisme d’un cowboy imbécile.

La fascination des Coen pour l’âge d’or des studios, inégalé dans le cinéma hollywoodien contemporain, traduit bien leur héritage : une mise en scène élégante, de très grands comédiens et techniciens, une volonté de croiser le spectacle et le dévoilement des illusions sur lesquelles sont bâties la nouvelle Rome (l’amour promis par Jésus de Nazareth ne dirigera jamais le monde même s’il offre de l’espoir et de belles histoires, la prolétarisation des classes moyennes est compensée par le Walk of Fame de Hollywood et la réussite exceptionnelle de 1 sur 1000…).

L’abolition de la gladiature sera le seul triomphe de la douceur (chrétienne)” explique l’historien Paul Veyne dans L’empire gréco-romain. Avé César décrit un empire sans gladiateurs ni torture pour celles et ceux qui prennent le parti du monde du spectacle enivré par sa toute puissance et sa promesse de beauté bien supérieure au visage de ses concurrents (un commercial de chez Lockheed tente de débaucher Mannix en lui montrant la photo du champignon atomique de la bombe larguée par son entreprise). Le cynisme l’emporte ici sur leurs habituels seconds rôles qui prennent les chemins de traverse (Jeff Bridges dans The big Lebowski, Frances McDormand dans Fargo, Hailee Steinfeld dans True grit), mais dans Avé César, il faut sans doute considérer que les grands frères Coen qui ouvrent le générique sur une lumière divine ont tenté d’emprunter ce chemin.

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