Cycle Cecil B. DeMille : Dieu, le sexe et les armes

Les Dix commandements - Charlton Heston“Voilà Monsieur DeMille, je suis prête pour mon gros plan“, disait Gloria Swanson dans le dernier plan de l’un des plus beaux films sur le cinéma, Boulevard du Crépuscule de Billy Wilder, où Cecil B. DeMille interprétait en 1950 son propre rôle de réalisateur. Il a dû moyennement apprécier la caricature car il s’en est pris au cinéaste lors de la chasse aux communistes au cours de laquelle il tâcha de faire exclure du Syndicat des réalisateurs tout cinéaste communiste, actuel ou passé. Au cours d’une séance houleuse du syndicat, le spécialiste du grand spectacle hollywoodien a égrené la liste de ses opposants, en prenant d’après Thomas Wieder un malin plaisir à souligner la consonance juive de certains prénoms : Fred Zinnemann devenant Fred Ssinnimonn, William Wyler devenant William Vyler, Billy Wilder, Billy Vilder, etc.

La rétrospective que lui consacre la Cinémathèque française est pourtant nécessaire car l’ambigu Cecil DeMille était aussi un remarquable réalisateur, l’un des premiers à avoir cristallisé la critique et suscité des envies de cinéma. En 1915, Forfaiture (The Cheat), l’histoire d’amour scandaleuse entre un Japonais qui avançait de l’argent à une Américaine puis, devant son refus de se donner à lui, la marquait au fer rouge, connut un échec aux Etats-Unis mais fut salué par certains comme un chef-d’oeuvre en France. L’emploi du clair obscur, que DeMille qualifiait de “Rembrandt lightning”, eut une influence comparable à la mise en scène de Citizen Kane après la seconde guerre mondiale.

Le réalisateur maîtrisait le rôle cathartique du cinéma, et permettait au spectateur d’assouvir ses fantasmes, tout en se réjouissant au final de mener une vie bien moins aventureuse que celle qui était racontée sur l’écran. Jean-François Rauger de la Cinémathèque insiste sur les excès de son péplum considéré comme son chef-d’oeuvre, Le signe de la croix (diffusé le 3 avril et le 9 mai), qui se clôturait sur une scène baroque hallucinante d’audace pour l’époque, où des jeunes chrétiennes étaient jetées en pâture, nues, à des gorilles en rut. Charles Laughton (le futur réalisateur de La nuit du chasseur) excellait dans le rôle de Néron, persécuteur de Chrétiens, dans cette histoire où le préfet de Rome tombait amoureux d’une chrétienne.

Cléopâtre (diffusé le 5 avril et le 8 mai), prétexte à une orgie superbement chorégraphiée par la reine d’Egypte (Claudette Colbert, la seule comédienne française à avoir fait carrière aux Etats-Unis) pour les yeux de l’empereur romain, est probablement la meilleure version de l’histoire de la plus célèbre égyptienne. Enfin, mon premier souvenir d’une salle de cinéma s’est créé face aux Dix commandements dans la seconde version de l’histoire réalisée par DeMille avec Charlton Heston (le 25 avril et le 17 mai), qui sans être le meilleur film du cinéaste est par le talent de sa composition et quelques scènes d’anthologie (l’ouverture de la Mer rouge, la réception des tables de la loi) l’un des plus beaux poèmes visuels du cinéma.

Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, 75 012 Paris, 01 71 19 33 33, www.cinematheque.fr

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