Katyn : le cinéma dans les oubliettes de l’histoire

Katyn Le rôle du cinéma apparait encore plus important lorsqu’il est le seul moyen de recréer du réel à partir d’un événement historique nié par ses bourreaux qui ont pris le soin d’effacer la plupart des traces de leurs méfaits. Katyn d’Andrzej Wajda raconte l’histoire de quelques-uns des 14 700 officiers polonais (dont le père du cinéaste) assassinés en 1940 par l’armée soviétique dans plusieurs sites russes, dont la forêt de Katyn.

La scène d’ouverture traduit bien le désarroi des Polonais en fuite sur un pont, pris en étau entre l’Allemagne nazie à l’ouest et la Russie soviétique à l’est. Les soldats sont prisonniers des Allemands, les officiers des Russes. L’armée allemande se charge d’arrêter les enseignants, l’armée russe d’exécuter les officiers. Le film suit très rapidement le destin de plusieurs femmes à la recherche d’un mari, d’un frère ou d’un père. Après-guerre, la Pologne passe sous occupation soviétique et les proches des officiers assassinés à Katyn se battent pour faire reconnaître la vérité, alors que la propagande accuse l’armée allemande des massacres.

Le fait de mêler l’anticommunisme à la célébration de la foi catholique ne fera pas que des amis à Wajda en France. A part un officier qui permet à une jeune polonaise d’échapper à la prison, les Russes sont présentés comme des barbares aussi dangereux que les Allemands. Et le film se clot sur le plan d’une main tenant un chapelet. Mais l’image rigoureuse de Pawel Edelman (le chef opérateur du Pianiste), la musique grave de Penderecki et la mise en scène poignante de Wajda donnent à voir le redoutable risque que présente le travestissement de l’histoire, qui ensevelit deux fois dans le mensonge les victimes de son rouleau compresseur.

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