Les chevaliers blancs de Joachim Lafosse : le complexe des valeurs universelles

Une histoire aussi dérangeante que celle de la belle âme de deux célèbres humanitaires naufragés au Tchad avec leur association courait le risque du film aussi mal aimé que ses protagonistes. Il fallait l’empathie et le côté embrené, comme on dit en Bourgogne, de Vincent Lindon dans ses personnages de types en chute libre pour porter une histoire aussi agréablement oubliable.

Joachim Lafosse, le plus français des cinéastes belges, disposait du recul nécessaire pour interroger le poids de la mission française écrite au siècle des Lumières d’oeuvrer pour le monde (comme le pensèrent avant ce pays les Grecs, le Christ, Mahomet, les Etats-Unis…), au point de faire dire entre autres à Hugo en juin 1875 : “La France a cela d’admirable qu’elle est destinée à mourir; mais à mourir comme les dieux, par la transfiguration. La France deviendra l’Europe.” L’intrigue des Chevaliers blancs embarque une équipe d’humanitaires bénévoles dans un pays africain en guerre, désireux de sauver des orphelins pour les faire adopter en France, quitte à créer un incident diplomatique. La corruption des chefs de village et le contexte guerrier amènent Jacques (Vincent Lindon), le chef du groupe, à multiplier les maladresses et les erreurs au point de s’apprêter à repartir avec des enfants qui avaient presque tous des parents.

La dégradation de l’ambiance au sein du groupe consterné par le bricolage de Jacques est savamment mise en scène par Joachim Lafosse qui a le talent pour faire briller des atmosphères poisseuses où le désir se cogne sur la réalité. Vincent Lindon est à son meilleur lorsqu’il s’enfonce en voulant accélérer le rythme imposé par le désert et son excellent gardien interprété par Reda Kateb, ou lorsqu’il se fait engueuler comme un enfant par un soldat britannique. Le profil florentin de Louise Bourgoin renforce la naïveté du héros en ruant dans les brancards. L’issue connue de l’affaire intéresse moins que le déséquilibre radical entre un occident persuadé d’être en mission et des pays très pauvres où le destin est affaire de survie. C’est un face à face final entre Vincent Lindon et Bintou, la jeune femme embauchée comme traductrice entre les humanitaires et les autochtones, qui aurait élevé le film au rang des étoiles noires, mais des étoiles tout de même.

 

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