Carol de Todd Haynes : le gré de la bouche

Nous ne dévoilerons pas bien sûr le sens de la dernière scène du film, la plus belle, durant laquelle la bouche des héroïnes livre le sens de leur histoire à venir. Le directeur de la photographe Ed Lachman (L’Anglais, Virgin Suicide, Ken Park…) ressuscite l’image surannée de l’Amérique sublimée des années 50 pour offrir le cadre idéal aux obsessions de Todd Haynes : la haine et la frustration derrière la mythologie du couple hétérosexuel occidental.

Il y est comme dans La vie d’Adèle que n’a pas dû manquer de voir le cinéaste américain, histoire de bouche, ouverte et les lèvres au rouge flamboyant pour la bourgeoise Carol (Cate Blanchett) en instance de divorce et en conflit avec son époux, fermée et sans maquillage pour la petite vendeuse de jouets (Rooney Mara, dans son meilleur rôle) qui rêve d’ascension sociale, pincée et haineuse du mari incapable dont l’humiliation liée au départ de sa femme est accentuée par son amour du même sexe (Kyle Chandler qui collectionne les rôles de benêt dépassé de Zero dark thirty au Loup de Wall Street).

Si dans La vie d’Adèle, Abdellatif Kechiche peignait comme le lui reprochait l’auteure de la BD qui inspira le film, Julie Maroh pour Le bleu est une couleur chaude, l’homosexualité féminine avec des désirs d’homme hétérosexuel pour la sauvagerie du rut, Todd Haynes s’attarde sur les sortilèges de l’amour courtois et la part mystérieuse du plaisir féminin dans une scène qui touche au sublime entre les deux grandes comédiennes. Le cinéaste épaissit le trait du cercle des lâches pour forcer le destin de ses héroïnes et de tous les aimants rêvant du jour où les lèvres s’ouvriront de plein gré.

 

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