Mistress America de Noah Baumbach : le monde comme ensemble de nourritures

A celles et ceux qui ne maîtrisent pas les codes des grandes villes anthropophages, mais s’accrochent à un monde qui “avant d’être un système d’outils, est un ensemble de nourritures” (Emmanuel Levinas, Le temps et l’autre), le rohmérien, jusqu’à donner le nom du maître en prénom à son fils, Noah Baumbach, célèbre une nouvelle fois la joie et l’exubérance de Greta Gerwig dans Mistress America.

L’intrigue aussi mince que du papier de cigarette tourne autour de la fascination d’une étudiante provinciale (Lola Kirke) pour sa future soeur (leurs parents se sont rencontrés sur internet) qui vivote dans la Grosse pomme entre cours particuliers, rêves impossibles et système D. Noah Baumbach filme avec la belle image colorée de Sam Levy des rues bercées par la musique funk et new wave de leurs compagnons de route Britta Phillips et Dean Wareham et quelques tubes (Souvenir d’Orchestral manoeuvres in the dark, Dream baby dream de Suicide) de la génération née en politique avec la chute du mur de Berlin.

Noah Baumbach s’interroge de nouveau sur les voies qui s’ouvrent à celles et ceux qui refusent la vie austère de la plupart des adultes en agissant auprès de ces derniers comme un mélange de monde perdu et de repoussoir. Greta Gerwig rêve d’un restaurant/salon de coiffure qu’elle serait bien incapable de gérer. Sujet de roman pour sa demi-soeur et de fantasme pour la plupart de ceux qui croisent sa route, elle est filmée comme la seule porteuse de joie dans un monde où des ombres se claquemurent derrière des portes blindées, des intérieurs froids et high-tech et leur appendice à Selfie. Laissez la briller.

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