Les derniers jours d’Yitzhak Rabin d’Amos Gitaï : le nom du partage

Le très beau film consacré par Amos Gitaï à la reconstitution des faits et du contexte de l’assassinat à Tel-Aviv du chef du gouvernement israélien Yitzhak Rabin en 1994 par un extrémiste juif ouvre sur une interview de Shimon Peres rappelant que le processus d’Oslo visait à partager le territoire entre Israéliens et Palestiniens, tentative de paix rejetée à la fois par l’aile radicale de l’OLP dont le grand poète Mahmoud Darwich, et toute la droite israélienne menée par Netanyahou, les extrémistes religieux et les colons.

Les défaillances des services israéliens au sujet de la sécurité du chef du gouvernement comptent moins que l’ambiance de haine entretenue par les religieux et les colons vis-à-vis du signataire des accords d’Oslo qui voulait geler la colonisation entraînant la croissance du nombre d’Israéliens en Cisjordanie d’environ 4 000 en 19700 à 100 000 en 1992 et plus de 300 000 aujourd’hui, et rendant chaque jour plus complexe la création d’un Etat palestinien indépendant. Amos Gitaï croise les images d’archives de colons et religieux appelant au meurtre du Premier Ministre au nom d’un texte du Talmud (le Din Rodef, ou loi du poursuivant) autorisant à tuer celui qui met en danger les juifs avec la reconstitution de l’environnement belliciste et haineux dans lequel évoluait le meurtrier. L’une des scènes les plus effrayantes du film rend le futur assassin témoin d’une étrange démonstration de la “schizophrénie” de Rabin par une “psychologue”.

Amos Gitaï compose peu à peu la mosaïque d’un pays dominé par les tenants de l’identité ethnoreligieuse israélienne (mais cette tendance est aussi présente en France où Marion Maréchal Le Pen considérait récemment que “si des Français peuvent être musulmans et exercer leur foi, il faut qu’ils acceptent de le faire sur une terre qui est culturellement chrétienne. Ça implique aujourd’hui qu’ils ne peuvent pas avoir exactement le même rang que la religion catholique“), dans un pays rêvé par un homme, Theodor Herzl, effrayé par l’antisémitisme constaté lors de sa visite de presse en France dans le cadre de l’Affaire Dreyfus, et créé par les survivants de la Shoah. Le cinéaste tente de faire revivre le temps d’un film le rêve d’une génération qui a cru au partage avant de laisser la place aux tenants de l’identité. Le cinéaste rappelle simplement qu’il est naturel et même souhaitable de trouver sa place dans une collectivité, mais que les délires sur le caractère absolu de l’être se prononcent toujours la bouche pleine de sang.

 

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