Les 8 salopards de Quentin Tarantino : de l’avalement de la couleuvre

Le seul cinéaste star de son époque s’offre un film qui commence dans la beauté veloutée du western neigeux d’André de Toth La chevauchée des bannis et se clôt dans la violence de Carrie au bal du diable de Brian de Palma. Noire, très noire rencontre de chasseurs de prime croisant la route de la bande d’une Calamity Jane (Jennifer Jason Leigh) de plus en plus laide au fur et à mesure de l’avancée du film, un colonel sudiste à la recherche du corps de son fils ou le nouveau shérif raciste, Les 8 salopards donne une forme aux torrents de sang promis à ceux qui attisent la haine.

Le cinéaste DJ s’amuse à répandre les biscuits à cinéphile, des films d’arts martiaux sous la neige comme L’ombre du fouet avec la belle Cheng Pei-Pei au film d’horreur The thing de John Carpenter, l’histoire d’envahisseur de l’époque de la guerre froide étant ici remplacée par la folie raciste et identitaire. Kurt Russell qui assurait la vedette pour Carpenter rempile avec un rôle de chasseur de primes. Samuel Jackson est invité en vieux sage obligé de s’inventer une amitié avec le Président Abraham Lincoln pour être pris en considération par les blancs. Dans l’une des plus belles scènes du film où il est confondu par le shérif raciste sur le caractère invraisemblable de cette amitié, Samuel Jackson explique qu’il est obligé en tant que noir d’avoir recours à ce genre de mensonges pour survivre.

Le francophile Tarantino s’amuse avec des puits de dialogue à la Rohmer sur toutes les manières dont le langage éloigne le désespoir jusqu’au plaisir des autres langues, comme cette brève tenancière de bar charmée d’apprendre le oui des Français qu’elle se plaît à prononcer en demandant à son homme de lui dire qu’elle a “de grosses fesses”. Le répit ne dure pas longtemps, et la violence est une fois de plus chez Tarantino utilisée pour assouvir toutes les pulsions les plus violentes par la parole et l’image plutôt que dans le théâtre du monde. Un colonel raciste est condamné à boire jusqu’à la lie la vengeance ignoble imaginée par Samuel Jackson pourchassé par son fils. Il est très intéressant d’imaginer où ira le spectateur des 8 salopards mis au défi de n’être ni raciste ni de jouer la belle âme qui ne l’est, mais…

Les 8 salopards de Quentin Tarantino, sortie nationale le 6 janvier 2016

 

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