6e Prix cinéma dans la Lune : Borleteau, Cogitore, Mohammad et Simav Bedirxan, Abidar et Hanrot, Jesuthasan…

Le jury du site qui célèbre les nouvelles utopies esthétiques, poétiques et politiques du cinéma s’est réuni cette nuit pour attribuer les récompenses du 6e prix Cinéma dans la Lune. Dans un contexte où nombre de nos concitoyens donnent leur vote à un parti d’extrême droite, il a semblé important de dresser le panorama de la création cinématographique qui interpelle l’avenir :

– Prix dans la Lune ex-aequo : Fidelio de Lucie Borleteau et Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore. Deux cosmogonies qui appellent dans le premier la part masculine de l’espèce à s’étonner de la puissance de joie du sexe féminin plutôt que de se focaliser sur son organe, par l’histoire du second mécanicien (Ariane Labed) d’un navire de la marine marchande amoureuse des beaux garçons de passage. Et comme dirait Dutrou dans Les demoiselles de Rochefort: Lucie Borleteau est “une Nantaise”. Dans le second, un paysan afghan engueule un soldat français et un taliban pour avoir creusé comme des débiles un trou à l’endroit où il attache son mouton. Puissance technologique des Occidentaux face au bricolage des Afghans (utiliser la couverture de survie pour ne pas être aperçu des infrarouges). Extension du désert.

– Prix du meilleur documentaire : Eau argentée de Oussama Mohammaed et Wiam Simav Bedirxan. Ode aux victimes syriennes du conflit contemporain le plus meurtrier et le plus complexe qui frappe jusqu’à Paris, filmé par une réfugiée kurde à Homs et coréalisé par un Syrien réfugié en France. Wiam Simav Bedirxan filme un champ de ruine (50 % du pays a été détruit principalement par les bombardements du régime d’Assad) d’où émergent quelques survivants jusqu’à la création de Daech qui accroît l’horreur du conflit.

– Prix ex-aequo de la meilleure comédienne : Loubna Abidar dans Much Loved et Zita Hanrot dans Fatima. La première, Loubna Abidar, comédienne marocaine courageuse interprète d’une maquerelle et prostituée dans un film qui lui a valu les pires insultes, menaces et agressions dans son pays. La jeune femme taille l’orgueil de priapiques Saoudiens et de Français fauchés jusqu’à ce que les tenants de l’organe la rappellent à l’ordre de la domination masculine. Zita Hanrot, la comédienne la plus impressionnante d’un trio emblématique de la vie française contemporaine dans Fatima, une jeune étudiante en fac de médecine qui réussit par l’école républicaine, sa soeur grande gueule et une mère née en Algérie entièrement dévouée à ses filles. Philippe Faucon filme avec beaucoup de tendresse ces femmes sans tomber dans la victimisation ou l’accusation courantes dans la peinture des prolétaires dans le cinéma français. Zita Hanrot se bat jusqu’à l’épuisement à la fois contre la difficulté à franchir les seuils sociaux et la jalousie des commères du quartier.

– Prix du meilleur comédien : Anthonythasan Jesuthasan dans Dheepan de Jacques Audiard : “No fire zone” crie le comédien natif du Sri Lanka aux voyous de sa cité de la banlieue parisienne auxquels il tient tête. “Le pouvoir aux adultes” clame Audiard dans ce film très noir où la banlieue française est sauvée par un immigré.

– Prix du meilleur scénario : Hirokazu Kore-Eda d’après Akimi Yoshida pour son film Notre petite soeur. Un trio de soeurs résidant dans la banlieue de Tokyo accueille après le décès de leur père leur quatrième issue d’un remariage de ce dernier. Le quatuor apprend à humaniser le désir en huis-clos. Hirokazu Kore-Eda capte chaque moment où le prédateur tombe les griffes.

– Prix de la meilleure image : Sayombhu Mukdeeprom pour la trilogie Les mille et une nuits de Miguel Gomes. Trilogie marathon par le chef-opérateur thaï d’Apichatpong Weerasethakul au Portugal et dans le sud de la France. Tons chauds et pastels pour hisser les prolétaires portugais au rang du mythe dans un récit inspiré du plus célèbre conte arabe face à une machine économique à broyer les individus.

– Prix du meilleur son : Vasco Pimentel pour Les mille et une nuits – L’Enchanté de Miguel Gomes. Un festival de chants de pinsons collectionnés par des ouvriers et retraités lisboètes. Braconnage, nourriture, entraînement et concours de chants d’oiseau. La bande son se transforme en chant d’oiseau par la grâce du travail de Vasco Pimentel.

– Prix du meilleur montage : Telmo Churro et Miguel Gomes pour Les mille et une nuits – L’Enchanté. La voix off d’une jeune femme chinoise s’exprime en mandarin sur les images d’une manifestation de policiers devant le parlement portugais se transformant en quasi coup d’état. La jeune femme raconte comment elle est devenue la maîtresse d’un de ces policiers dont elle est tombée enceinte avant d’être abandonnée, de devoir avorter et d’être rapatriée par l’ambassade de Chine.

– Prix du meilleur effet spécial : Russell de Rozario Directeur artistique pour “my mates, Larry and Barry”, les deux tumeurs qui poussent dans le cou du demi-vivant (Nicholas Hoult) retourné par la bande de Mad Max dans le futur apocalyptique du monde empoisonné de Fury Road.

– Prix du meilleur compositeur : Antonio Vivaldi, jeune compositeur de 337 ans pour le Cum dederit du Nisi Dominus au début de Dheepan de Jacques Audiard sur le visage d’Antonythasan Jesuthasan émergeant de l’obscurité avec des oreilles de lapin phosphorescentes, immigré sri-lankais débarqué à Paris où il survit en vendant des babioles à 2 euros et en fuyant la police.

Ce prix est dédié à la mémoire du collègue admiré Raphaël Ruiz, 37 ans, amateur de cinéma et de musique, tombé au Bataclan.

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