Tokyo Sonata : Symphonie pour les temps modernes

Tokyo Sonata

Kyoshi Kurosawa, le cinéaste japonais de la transformation de l’humanité en spectres (Cure, Kaïro), livre l’une de ses oeuvres les plus poétiques avec Tokyo Sonata, qui raconte le destin d’une famille tokyoïte de classe moyenne en quatre mouvements. L’allegro raconte le licenciement brutal du père de famille, chassé par la délocalisation des fonctions administratives de son entreprise en Chine, où il sera remplacé par trois personnes pour le prix de son salaire. Dans l’adagio, l’homme, brisé, cache la situation à sa femme, qui fait tout ce qu’elle peut pour tenir son foyer, où l’aîné distribue des tracts publicitaires dans la rue, et le plus jeune se découvre une passion pour le piano.

Le menuet bouleverse la vie des quatre protagonistes, le père pris sur le vif en agent d’entretien dans un supermarché par sa femme, celle-ci s’enfuit avec un cambrioleur (Koji Kakusho, l’acteur fétiche du cinéaste depuis Cure), l’aîné s’engage dans l’armée et le plus jeune fugue après que son père lui interdise de pratiquer le piano.

Tokyo Sonata plonge au coeur des frustrations et de la quête schizophrénique du bonheur générées par la vie moderne. Le père refuse l’épanouissement de ses fils au nom de ce bonheur, mais il vit dans le mensonge, et plus généralement les mâles ne sont plus capables de grand chose dans ce film, pas même de réussir un cambrioloage. On admirait dans les meilleurs films du cinéaste la manière dont ses personnages vivaient leur déshumanisation (Cure), ou résistaient contre cette fatalité (le terrifiant Kaïro, où un virus répandu par internet transformait les humains contaminés en fantômes). Face à tout cela, Tokyo Sonata s’attarde sur le courage des femmes, l’espoir des enfants et la sonate Clair de lune de Debussy. Cher Kyoshi Kurosawa, mon père japonais, je vous embrasse les deux mains du fond du coeur.

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