Mia Madre de Nanni Moretti : le temps complet

C’est la plus belle scène du film : John Turturro, interprète d’une star américaine de seconde zone, se déhanche le soir de son anniversaire sur un raï endiablé avec sa maquilleuse rondouillarde devant l’équipe du film dans lequel il débarque comme un OVNI. Nanni Moretti oublie la tyrannie du film à message et sa honte de fils indigne pour se concentrer généreusement sur un moment de grâce entre deux paumés plus attachants que l’héroïne débordée du film (réalisatrice bourgeoise romaine faisant un film sur des prolétaires dont elle ne partage pas sa vie pendant que sa mère meurt à petit feu et que sa fille entre dans les tourments de l’adolescence, ce qui fait au moins trois films).

Le reste de l’histoire avance sur le fil entre narcissisme et honte de soi dans lesquels sombrent les films sur le monde du spectacle à moins d’offrir une contrepartie à égalité de regard de l’artiste (Bibi Andersson menaçant de jeter le contenu d’une casserole d’eau bouillante à la figure de Liv Ullman dans Persona pour la forcer à parler, Brigitte Bardot en muse méprisant les concessions de son mari scénariste dans Le mépris…).

Le choix du cinéaste de confier le rôle du bouffon à un très grand comédien américain serait pertinent si tout le monde suivait dans la bouffonnerie, mais la condescendance de la bourgeoisie européenne pour ces “enfants d’Américain” comme souvent pour ce qui se situe au-delà de la dernière zone de RER en France (quand ce n’est pas dans certains cercles au-delà du périphérique) ne trouve, comme souvent dans un nombril, que des noeuds. L’autodérision de Moretti qui promettait dans Un journal intime de raconter l’histoire d’un pâtissier romain trotskyste n’est malheureusement pas de mise dans cette comédie qui oublie la recette ultime du genre, consistant à ne jamais se moquer mieux que de soi-même.

Certes la grâce affleure lors des faces à face entre l’héroïne et sa mère, ou trois générations de femmes courageuses, mais le retour du film dans le film emprisonne les personnages dans un film que personne ne semble avoir envie de faire ou de voir. Le pâtissier romain trotskyste, qui fait sans doute ses gâteaux et son pain avec amour, a aussi une mère.

One thought on “Mia Madre de Nanni Moretti : le temps complet

  1. Hello Mathieu!
    Certes le film laisse parfois perplexe… en y réfléchissant bien, il y a beaucoup de choses un peu en vrac. Le personnage de Giovanni est étonnant, celui de sa soeur un peu plus ordinaire. Je les vois comme deux jumeaux, l’un calme et raisonnable, héritier de la culture romaine, et l’autre moins intelligente, un peu braque, volontaire mais mal dans sa peau. Je trouve que sous cet angle tout le scénario prend de l’intérêt.

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